Les terres humides

Dans cette section :


Introduction

Les terres humides sont des zones immergées ou imbibées d'eau de façon permanente ou temporaire et sont caractérisées par des plantes adaptées aux sols saturés. Elles englobent les marais d'eau salée et d'eau douce, les marais boisés, les tourbières, les forêts inondées de façon saisonnière et les marécages, soit toutes les zones immergées où l'eau reste suffisamment longtemps pour permettre le développement des plantes et des sols propres aux terres humides.

Les terres humides constituent l'unique écosystème protégé en vertu d'une convention internationale. Leur utilité particulière tient aux raisons suivantes :

  • elles jouent le rôle de tampons pendant des phénomènes hydrologiques comme les grosses vagues ou les inondations;
  • elles filtrent les sédiments et les substances toxiques;
  • elles fournissent nourriture et abri à de nombreuses espèces de poissons, de coquillages et de crustacés, d'oiseaux de rivage, d'oiseaux aquatiques et de mammifères à fourrure;
  • elles offrent aussi des produits alimentaires (riz sauvage, canneberges, poisson, sauvagine), des combustibles (tourbe, bois, charbon de bois) et des matériaux de construction (bois d'oeuvre); et
  • elles sont des zones récréatives fort prisées pour des activités comme la chasse, la pêche et l'observation d'oiseaux.

Par le passé, les terres humides étaient jugées inutilisables à des fins productives, et, dans le sud du Canada, bon nombre ont été asséchées ou remblayées pour servir à la culture ou à la construction. Au cours des dernières années, on a reconnu la valeur des terres humides et déployé des efforts afin de protéger ces écosystèmes. Cependant, ces zones continuent de disparaître sous l'effet des activités humaines, et elles sont menacées par la pollution de l'air et le changement climatique.

Des mesures peuvent être prises pour éviter des pertes futures de terres humides :

  • addition de sédiments dans les terres humides côtières pour que celles-ci ne disparaissent pas avec l'élévation du niveau de la mer;
  • plantation de graminées pour protéger les sables côtiers contre l'érosion;
  • aménagement de digues ou d'îles-barrières;
  • régularisation des niveaux d'eau; et
  • élaboration d'une politique nationale en matière de protection.

Les terres humides au Canada

Les terres humides représentent environ 14 % de la superficie du Canada. Auparavant, elles étaient largement réparties sur tout le territoire, mais elles sont récemment devenues de plus en plus rares dans les régions du pays qui ont été colonisées. Partout au Canada, les terres humides ont subi le contrecoup de l'exploitation des terres qui a entraîné la destruction de la couverture végétale, une suraccumulation d'éléments nutritifs et de substances toxiques, la sédimentation et une modification du débit. Ainsi, 68 % des terres humides qui existaient autrefois dans le sud de l'Ontario ont été converties à d'autres fins telles que l'agriculture et le logement. De même, la région des « fondrières » du sud-ouest du Manitoba ne garde plus qu'environ 25 % des terres humides qu'elle avait à l'origine. Dans le Nord toutefois, la plupart des terres humides demeurent intactes.

La carte des terres humides de l'Atlas du Canada illustre leur étendue et met en évidence celles qui ont une importance particulière.


Les terres humides et les espèces fauniques

Les terres humides sont importantes pour des espèces de nombreuses classes connues d'animaux tout comme pour des créatures moins bien connues.

Chaque goutte d'eau contient du zooplancton microscopique, un élément vital de la chaîne alimentaire. La surface de l'eau et le fond des terres humides sont couverts d'oeufs, de larves et de nymphes d'insectes. Des membres des familles de poissons, de batraciens et de reptiles dépendent tous de l'habitat que leur procurent les terres humides. Maintes espèces d'oiseaux et de mammifères utilisent beaucoup l'eau et les rives adjacentes. Ces espèces peuvent s'avérer économiquement importantes pour l'être humain ou lui servir d'indicateurs de la santé de l'environnement.

Comment les espèces fauniques utilisent-elles les terres humides?

La nourriture et l'abri constituent les besoins fondamentaux de la vie auxquels répondent les terres humides pour de nombreuses espèces d'animaux qui y vivent en permanence ou les visitent périodiquement. Presque chaque partie d'une terre humide, du fond jusqu'à la surface, est importante pour la faune d'une façon quelconque. Les grenouilles s'enterrent dans le substrat vaseux pour survivre pendant l'hiver, et certains insectes se servent des débris du fond pour former une couverture protectrice. Les poissons nagent et s'alimentent dans les terres humides, mangeant souvent les oeufs d'insectes qui ont été déposés dans l'eau. La végétation que l'on trouve dans les terres humides fournit à plusieurs espèces d'oiseaux les matériaux nécessaires à leur nidification et les structures requises pour leur survie en plus de constituer une source importante de nourriture pour les mammifères, même ceux aussi gros que l'orignal. De petits mammifères utilisent la végétation luxuriante au pourtour des terres humides pour s'abriter et se nourrir et ils servent eux-mêmes de nourriture aux oiseaux de proie. Chaque espèce a adopté sa façon propre d'utiliser la terre humide et la zone avoisinante.


Les terres humides et le changement climatique

En tant qu'écosystèmes de transition, les terres humides sont particulièrement vulnérables aux variations climatiques et aux événements extrêmes. Bon nombre d'entre elles, particulièrement celles situées en bordure de la côte, sont instables au départ et subissent facilement ou fréquemment des modifications par suite de l'érosion, des inondations ou de l'invasion d'eau salée.

C'est toutefois l'approvisionnement en eau qui constitue la principale préoccupation. Dans les zones arides et semi-arides, des étés plus chauds et plus secs et l'utilisation accrue d'eau à des fins d'irrigation pourraient réduire les quantités d'eau qui imbibent les terres humides, directement, indirectement (à cause des effets sur la surface de saturation) ou les deux. La diminution du volume d'eau se traduirait par une augmentation des concentrations de substances polluantes qui ont tendance à être piégées dans les terres humides (substances chimiques utilisées en agriculture, sels naturels, polluants atmosphériques).

Même de petits changements de la température ou de l'approvisionnement en eau pourraient perturber de façon marquée le biote des terres humides. Une augmentation de la température pourrait permettre à une espèce de plante nuisible (par exemple, la salicaire) d'étendre son aire de répartition vers le nord. Des températures élevées et de faibles concentrations d'oxygène favorisent la croissance des bactéries botuliques. Un changement de la fluctuation saisonnière des précipitations pourrait nuire aux plantes ou aux animaux dont le cycle biologique requiert certaines quantités d'eau à des moments précis de l'année. De tels changements pourraient alors rendre moins abondante une espèce de plante dont dépendent les oiseaux aquatiques.

Voir aussi : la section L'eau et le changement climatique


Les terres humides et l'eau souterraine

Les terres humides, ont souvent des liens très étroits avec le réseau des eaux souterraines. Certaines terres humides, par exemple des étangs dans un sol surélevé, peuvent constituer d'importantes zones d'alimentation des eaux souterraines. D'autres, particulièrement dans des zones en contrebas, peuvent être les récepteurs de quantités considérables d'émission d'eau souterraine. De plus, si l'eau sous-jacente est contaminée, des effets préjudiciables se feront sentir sur la faune et toutes les autres ressources tributaires de ces terres humides.

Voir aussi : la section Les eaux souterraines


La protection des terres humides

Les terres humides restantes peuvent être protégées par des programmes de conservation prévoyant la protection, l'amélioration et l'exploitation des ressources que recèlent les terres humides selon des principes qui garantiront les plus grands avantages sociaux, économiques et écologiques à long terme. On admet que certaines terres humides devraient être préservées et maintenues dans leur état naturel; d'autres cependant pourraient être exploitées activement en vue de permettre un usage soutenu de leurs ressources renouvelables, de la façon appropriée; d'autres encore devraient être aménagées pour leur valeur comme ressource non renouvelable.

Un programme important qui vise à protéger les terres humides restantes est le Plan nord-américain de gestion de la sauvagine (PNAGS). En 1986, les gouvernements du Canada et des États-Unis ont signé le PNAGS en réaction au brusque déclin des populations de sauvagine causé par la destruction de leurs habitats. Le Mexique s'est joint aux gouvernements en 1993.

Le PNAGS donne un aperçu de la portée du travail à l'échelle continentale et fournit des lignes directrices générales pour la gestion et la protection des habitats. De nombreux partenaires représentant divers intérêts (fonctionnaires des gouvernements fédéraux et provinciaux et de ceux des États, représentants d'organisations non gouvernementales et propriétaires terriens) collaborent à l'atteinte du but du PNAGS, soit de restaurer, de protéger et d'améliorer les habitats fauniques dans l'intérêt de la sauvagine, de la biodiversité et des êtres humains.

Pour plus de renseignements sur ce programme, consulter le site web du Plan nord-américain de gestion de la sauvagine.

Voir aussi :

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