Bulletin trimestriel des impacts liés au climat et aperçu saisonnier : Région des Grands Lacs

Mars 2014

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Événements météorologiques majeurs – région des Grands Lacs de décembre 2013 à février 2014

L'hiver 2013-2014 a été exceptionnellement froid pour le bassin des Grands Lacs, plus particulièrement si on le compare aux dernières années. Au début janvier, un courant d'air arctique a recouvert la région des Grands Lacs et a propagé des températures inférieures au point de congélation vers le sud jusqu'en Floride. Ces températures froides découlaient d'un  déplacement vers le sud du vortex polaire. Le vortex polaire est un élément permanent de la circulation atmosphérique aux pôles. Cependant, au début janvier 2014, le vortex polaire s'est affaibli, permettant aux fragments d'air froid de déferler sur les latitudes moyennes (voir la figure 1 ci-dessous). Ce courant d'air froid provenant du vortex polaire est également survenu à un certain nombre d'autres occasions cet hiver. Étant donné que le vortex polaire est permanent dans l'atmosphère, il y aura toujours une possibilité d'observer cette variabilité froide aujourd'hui et à l'avenir.

Une saison de conditions météorologiques exceptionnellement froides dans le bassin des Grands Lacs ne signifie pas que la tendance observée depuis un siècle s'est inversée. En fait, pendant que le Canada et l'est des États-Unis ont parfois  eu très froid cet hiver, de nombreux endroits, y compris l'Alaska et l'Europe, ont connu des températures anormalement chaudes.

Du 20 au 23 décembre, une tempête de verglas dévastatrice a frappé le sud de l'Ontario enregistrant une accumulation de glace variant entre 15 et 30 mm (0,6 et 1,2 po) dans toute la région. Au total, les sinistres assurés sont estimés à 200 millions de dollars canadiens pour cette région, selon le Bureau d'assurance du Canada.

Deux cartes mondiales de l'hémisphère Nord côte à côte.

Figure 1 : Vortex polaire

À gauche : Configuration ondulée du vortex polaire (le 5 janvier 2014)

À droite : Configuration plus typique et compacte du vortex polaire (du 14 au 16 novembre 2013)

Description longue de la figure 1

Deux cartes mondiales de l'hémisphère Nord côte à côte. La carte à droite montre un vortex polaire type et compact survenu du 14 au 16 novembre 2013. Les nuances de violet indiquent l'emplacement du vortex polaire, lequel est concentré au-dessus de l'océan Arctique et s'étend vers le sud, dans le nord de la Russie et du Canada et dans l'Alaska. La carte à gauche montre un vortex polaire de configuration ondulée survenu le 5 janvier 2014. Les nuances de violet indiquent que le vortex polaire s'étendait aussi loin au sud que le centre du Canada, le Midwest des États-Unis, le nord-est de l'Asie et le nord de l'océan Atlantique.

Vue d’ensemble du climat régional de décembre 2013 à février 2014

Couverture de glace des Grands Lacs

En date du 28 février, l'étendue maximale de la couverture de glace sur les Grands Lacs cet hiver était de 88,4 %, ce qui représente la quatrième étendue la plus élevée depuis 1973. La couverture de glace record de 94,7 % est survenue en 1979. La couverture de glace commence habituellement à la mi-décembre, mais, cet hiver, elle a été signalée avant la fin de novembre. La glace recouvrait 90 % ou plus des trois Grands Lacs (Supérieur, Huron et Érié) avant la fin de l'hiver, ce qui ne se produit habituellement pas.

La moyenne à long terme est établie selon les données recueillies de 1973 à 2013

Carte de la région des Grands Lacs

Couverture de glace : Différence par rapport à la moyenne (%)

Balance des précipitations normales en pourcentage

Figure 2 : Couverture de glace : Différence par rapport à la moyenne (%) - Du 1er décembre 2013 au 28 février 2014

Description longue de la figure 2

Carte de la région des Grands Lacs illustrant la différence de la couverture de glace par rapport à la moyenne exprimée en pourcentage. Les nuances de vert et bleu foncés montrent que la couverture de glace était supérieure de 15 % à 45 % à la moyenne, et que cela s'est produit dans la majeure partie des lacs Supérieur, Huron et Érié et le long de la rive du lac Michigan. Les nuances de vert pâle indiquent que la couverture de glace était supérieure de 0 % à 15 % à la moyenne dans le lac Michigan, la baie Georgienne, le long de la rive sud-est des lacs Huron et Érié et le nord-est du lac Ontario. Le jaune indique une couverture de glace inférieure de 0 % à 15 % à la moyenne, dans le centre du lac Michigan et la majeure partie du lac Ontario.

Niveaux d'eau dans les Grands Lacs

Les niveaux de tous les Grands Lacs demeurent au-dessus des niveaux de l'année dernière au début du mois de mars. Les conditions de neige et de froid, ainsi qu'une importante couverture de glace, ont permis au lac Supérieur de finir le trimestre près de la moyenne à long terme, soit 32 cm (12,6 po) au-dessus du niveau de l'année dernière, c'est-à-dire le niveau le plus élevé à cette période de l'année depuis 2005. Les autres lacs ont reçu un approvisionnement en eau proche de la normale. À la fin de février, le niveau du lac Michigan-Huron était de 32 cm (12,6 po) en dessous de la moyenne, mais 33 cm (13 po) de plus que son niveau à la même période l'année dernière. Le niveau des lacs Érié et Ontario est demeuré proche de la moyenne durant tout le trimestre et se trouvait à 5 cm (environ 2 po) de son niveau moyen pour commencer le mois de mars.

Statistiques sur les niveaux d’eau tirées de la base de données 1918-2013

Chutes de neige

La majeure partie de la région a reçu des chutes de neige supérieures à la normale pendant l'hiver, présentant des écarts de 100 % à 200 % par rapport aux niveaux normaux. Toutefois, de façon générale, les régions au nord-est et du côté sud du lac Supérieur ont seulement reçu de 50 % à 75 % des chutes de neige hivernales normales.

Les niveaux de chutes de neige normales sont établis selon les données recueillies de 1981 à 2010.

Carte illustrant la répartition des chutes de neige dans les Grands Lacs

Chute de neige : Pourcentage des chutes de neige normales (%)

Balance des chutes de neige normales (%)

Figure 3 : Chutes de neige : Pourcentage des chutes de neige normales (%) - Du 1er décembre 2013 au 28 février 2014

Description longue de la figure 3

Carte illustrant la répartition des chutes de neige dans les Grands Lacs au cours des mois d'automne. Les nuances de vert et vert foncé représentent des pourcentages de chutes de neige supérieurs à la moyenne, ceux-ci étant concentrés dans la plupart des zones de la région des Grands Lacs, en particulier vers l'ouest, le sud et le centre. Les pourcentages de chutes de neige inférieurs à la moyenne sont indiqués en brun et beige et se concentrent dans la partie nord-est de la région des Grands Lacs.

Température

La région des Grands Lacs a connu la saison d'hiver la plus froide en 20 ans. Les zones les plus froides entouraient la moitié ouest du lac Supérieur, où les écarts étaient supérieurs à -5 °C (-9 °F). Les zones entourant la moitié est du lac Ontario présentaient les écarts les plus faibles, variant entre -0,5 °C et -2 °C (-0,9 °F et -3,6 °F).

Les niveaux de températures normales sont établis selon les données recueillies de 1981 à 2010.

Carte de la région des Grands Lacs

Température : Écart par rapport à la température normale (°)

Balance des écarts de température

Figure 4 : Température : Écart par rapport à la température normale (°) - Du 1er décembre 2013 au 28 février 2014

Description longue de la figure 4

Carte de la région des Grands Lacs montrant en degrés Celsius les écarts par rapport à la température normale. Les zones en bleu et en violet représentent des zones où les températures étaient inférieures de 2 °C à 5 °C (de 3,6 °F à 9 °F) à la moyenne. Ce phénomène a été observé dans l'ensemble de la région des Grands Lacs, avec les températures les plus faibles enregistrées dans l'ouest et le centre de la région. Les zones en violet clair et en blanc représentent les régions où la température était proche de la normale (-1 °C [-1,8 °F]), notamment dans la partie est de la région des Grands Lacs et au Québec.

Impacts régionaux de décembre 2013 à février 2014

Répercussions des températures anormalement froides et d'une couverture de glace importante

La poussée des glaces des lacs Ontario et Érié a causé des inondations localisées dans certaines régions en janvier et en février. La poussée des glaces est causée par les vents forts poussant des nappes de glace du lac dans les échancrures côtières adjacentes et en aval. Les régions touchées par les inondations comprenaient les rives  de la rivière Niagara, des rivières Rocky et Maumee en Ohio et North Sandy Pond dans l’état de New York.

La précocité et l’étendue de la couverture de glace  a fait de cet hiver le plus difficile pour l'industrie du transport depuis environ 24 ans, selon le président de l'Association des armateurs canadiens. Cela a une incidence non seulement sur les communautés de fret, mais aussi sur les industries qui utilisent les marchandises transportées par les cargos.

Pendant la tempête de verglas de décembre, le couvert forestier urbain de Toronto a subi des pertes considérables et durables en raison de l'accumulation de glace variant entre 15 et 30 mm (0,6 et 1,2 po). Selon les estimations, 20 % du couvert forestier a été perdu à l'échelle de la ville, certaines rues enregistrant des pertes de 50 % à 80 %. Les autres répercussions de cette tempête comprenaient des pannes de courant prolongées qui ont touché 600 000 ménages pendant trois à dix jours. De plus, il y a eu deux décès par empoisonnement au monoxyde de carbone.

Compte tenu du blocage des prises d'eau dans certains des Grands Lacs à cause de la glace, les employés des services d'aqueduc sur les rivesdes lacs n’ont pu pomper l'eau dans leurs usines pendant plusieurs heures au début janvier.

Les températures froides ont produit suffisamment de glace sur le lac Supérieur pour permettre à plus de 85 000 visiteurs de traverser le lac afin d'explorer les incroyables formations de grottes de glace sur les îles des Apôtres, ce qui a donné un élan économique estimé à 10 millions de dollars américains à cette région, selon la Chambre de commerce et le bureau des visiteurs de Bayfield. C’est la première fois en cinq ans que la glace est assez ferme pour permettre de tels déplacements. L'agriculture pourrait également en tirer avantage, car les températures froides facilitent la gestion des organismes nuisibles comme l'agrile du frêne et ralentissent la migration des espèces envahissantes.

La couverture de glace sur les Grands Lacs cet hiver pourrait aider à faire monter les niveaux d'eau constamment faibles dans le secteur supérieur des Grands Lacs. En outre, l'abondance du grand corégone est liée de façon positive à la couverture de glace sur les frayères près des côtes, étant donné que la glace aide à réduire la possibilité du délogement des œufs causé par les vagues turbulentes. Un pont de glace s'est formé entre l'Isle Royale (Michigan) et les parties continentales, permettant le passage des espèces, en particulier les loups, et la diversification potentielle du patrimoine génétique sur l'île.

Aperçu saisonnier d'avril à juin 2014

Aperçu de la glace

La couverture de glace sur les Grands Lacs varie naturellement d'une année à l'autre. En règle générale, la glace maximale survient sur les lacs Michigan, Huron, Ontario et Érié à la mi-février et sur le lac Supérieur au début de mars. Toutefois, les températures froides et la couverture de glace étendue cet hiver pourraient retarder le début de la débâcle de deux ou trois semaines. De plus, le brouillard pourrait poser des problèmes au cours des prochains mois dans la région des Grands Lacs, étant donné que la glace prendra plus longtemps que la normale pour fondre. L'importante couverture de glace cet hiver augmente les risques liés aux débâcles causant des embâcles dans les échancrures côtières et les affluents adjacents, ce qui augmente les risques d'inondation dans ces régions. Toutefois, les risques sont réduits si la glace fond progressivement.

Aperçu – niveaux d’eau des lacs

Les projections actuelles d'avril à juin indiquent que les niveaux des lacs Supérieur, Érié et Ontario demeureront proches de la moyenne, sauf en cas de conditions d'approvisionnement en eau excessivement humides ou sèches. D'un autre côté, même les scénarios les plus humides laissent supposer que les niveaux du lac Michigan-Huron demeureront en dessous de la moyenne, mais les niveaux devraient rester supérieurs à ceux du printemps dernier. La gamme de niveaux probables de chaque lac est présentée ci-dessous.

Prévision des niveaux d'eau d'avril à juin 2014 (par rapport à la moyenne à long terme)
LacPrévision maximale  par rapport à la moyenne à long terme en centimètresPrévision minimale par rapport à la moyenne à long terme en centimètresPrévision maximale par rapport à la moyenne à long terme en poucesPrévision minimale par rapport à la moyenne à long terme en pouces
SupérieurSupérieur de 8 cmInférieur de 12 cmSupérieur de 3,2 poInférieur de 4,7 po
Huron-MichiganInférieur de 14 cmInférieur de 46 cmInférieur de 5,5 poInférieur de 18,1 po
ÉriéSupérieur de 13 cmInférieur de 28 cmSupérieur de 5,1 poInférieur de 11 po
OntarioSupérieur de 19 cmInférieur de 28 cmSupérieur de 7,5 poInférieur de 11 po

Tableau 1 : Prévision des niveaux d'eau au printemps 2014 (par rapport à la moyenne à long terme)

Perspectives de United States Army Corps of Engineers et d'Environnement Canada (d'avril à juin 2014)

Description longue du Tableau 1

Les colonnes sont les suivantes : Lac; Prévision élevée par rapport à la moyenne à long terme en centimètres; Prévision faible par rapport à la moyenne à long terme en centimètres; Prévision élevée par rapport à la moyenne à long terme en pouces; Prévision faible par rapport à la moyenne à long terme en pouces.

Les lacs sont les suivants : Supérieur, Huron-Michigan, Érié et Ontario.

Pour le lac Supérieur, la prévision élevée est supérieure de 8 centimètres (3,2 pouces) à la moyenne à long terme. La prévision faible est inférieure de 12 centimètres (4,7 pouces) à la moyenne à long terme.

Pour les lacs Huron-Michigan, la prévision élevée est inférieure de 14 centimètres (5,5 pouces) à la moyenne à long terme. La prévision faible est inférieure de 46 centimètres (18,1 pouces) à la moyenne à long terme.

Pour le lac Érié, la prévision élevée est supérieure de 13 centimètres (5,1 pouces) à la moyenne à long terme. La prévision faible est inférieure de 28 centimètres (11 pouces) à la moyenne à long terme.

Pour le lac Ontario, la prévision élevée est supérieure de 19 centimètres (7,5 pouces) à la moyenne à long terme. La prévision faible est inférieure de 28 centimètres (11 pouces) à la moyenne à long terme.

Aperçu – températures et précipitations

Le Climate Prediction Center du NOAA prévoit d’avril à juin 2014 de plus grandes probabilités de températures printanières inférieures à la normale dans le bassin des Grands Lacs des États-Unis et des probabilités égales de précipitations supérieures, inférieures ou presque égales à la normale.

Environnent Canada prévoit des probabilités égales de températures et de précipitations supérieures, inférieures ou presque égales à la normale dans le bassin des Grands Lacs du Canada d'avril à juin 2014.

Partenaires de la région des Grands Lacs

Environnement Canada

Agriculture et Agroalimentaire Canada

Midwestern Regional Climate Center (en anglais seulement)

Northeast Regional Climate Center (en anglais seulement)

Great Lakes Region State Climatologists (en anglais seulement)

National Oceanic and Atmospheric Administration (en anglais seulement)

National Operational Hydrologic Remote Sensing Center (en anglais seulement)

Great Lakes Environmental Research Laboratory (en anglais seulement)

NOAA Great Lakes Sea Grant Network (en anglais seulement)

North Central River Forecast Center (en anglais seulement)

Climate Prediction Center (en anglais seulement)

Great Lakes Integrated Sciences & Assessments (en anglais seulement)

US Army Corps of Engineers, Detroit District (en anglais seulement)

National Integrated Drought Information System (en anglais seulement)

Great Lakes Water Level Dashboard (en anglais seulement)

Contactez-nous :

É-U

Molly Woloszyn
Courriel : mollyw@illinois.edu

Samantha Borisoff
Courriel : Samantha.borisoff@cornell.edu

Canada

Courriel : greatlakes-grandslacs@ec.gc.ca

Courriel : enviroinfo@ec.gc.ca

Pour plus d'informations :

Regional Assessments (en anglais seulement)

Bulletin trimestriel sur le climat des Grands Lacs

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