Les dix événements météorologiques les plus marquants de 2007 : évènement huit

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8. Un hiver manqué – ou presque!

À la mi-janvier, le sol dans l’est du Canada n’avait pas encore gelé, les lacs et les rivières attendaient toujours leur couvert de glace, la neige manquait à l’appel, et les feuilles étaient toujours accrochées aux arbres. Mère Nature était confuse, et les amateurs de neige déprimés. Dans l’ensemble, les hivers canadiens sont de plus en plus chauds et secs, mais, après l’hiver le plus chaud enregistré (2005-2006), certains amateurs de plein air espéraient que cet hiver soit plus caractéristique. Les possibilités de passer un autre hiver doux et dégagé ont augmenté avec l’émergence d’un El Niño chaud. En raison d’un courant continu en provenance du sud et de l’ouest, une bonne partie du Canada a connu un début d’hiver incroyablement doux. Jusqu’à la troisième semaine de janvier, les températures hivernales s’apparentaient davantage à celles attendues à l’automne et au printemps. En Alberta, des vents chauds ont intensifié le risque d’avalanches. Alors que Winnipeg est normalement gelée, elle a reçu de la pluie en janvier, et on a pu voir des foules de golfeurs bénéficier de la température printanière à Montréal. Dans la région du Niagara, les producteurs de vin de glace ont vu, malgré eux, les oiseaux déguster leurs raisins. Au Québec, l’eau d’érable a coulé pendant deux semaines en janvier; les acériculteurs ne savaient pas s’il s’agissait là d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle. À Halifax, les bourgeons gonflaient et les bulbes germaient.

Le début de l’hiver, en décembre 2006, a été extraordinairement doux à l’échelle du Canada, établissant ainsi le record de l’hiver le plus chaud des six dernières années. Au premier jour officiel de l’hiver, la plupart des habitants de l’est n’avaient toujours pas connu de froid ou de neige dignes du nom. On relevait moins d’un centimètre de neige à Toronto. De même, Montréal avait reçu 11 cm de neige au 21 décembre, comparativement aux 75 cm reçus à pareille date en 2005. Qui plus est, la métropole a dû attendre jusqu’au 16 janvier pour enregistrer un mercure inférieur à -20 °C. À cette date, la ville aurait dû atteindre huit records au plus.

Ce n’est pas tant la chaleur record de l’hiver qui faisait jaser que sa durée – jour après jour, semaine après semaine, puis, maintenant, mois après mois. Mère Nature avait-elle retiré l’hiver du calendrier? Allait-on remettre en question la réputation du Canada et de ses « arpents de neige »?

Il faisait même trop chaud pour produire de la fausse neige. Une fonte prolongée en janvier a donné un coup dur aux opérateurs de stations de ski ontariennes. Les centres de villégiature Blue Mountain ont licencié 1 300 employés saisonniers et à temps partiel pendant plus de trois semaines. C’était la première fois que l’établissement était obligé de fermer ses portes après l’ouverture pour la saison. En raison d’autant de temps doux, un nombre important de souris, de chauve-souris, de rats et d’autres ravageurs étaient occupés à se reproduire, et non à dormir. Même les grenouilles, les mouches et les abeilles étaient de la partie. Les animaux africains du zoo de Toronto passaient des heures à l’extérieur. On croyait bien que l’hiver avait été annulé. Les détaillants en difficulté contemplaient des ventes stagnantes de caleçons longs et des stocks pleins de pelles et de bottes d’hiver. La bonne nouvelle, c’était que le temps doux se traduisait par des factures de chauffage réduites. Au cours de la première moitié de l’hiver, les Ontariens et les Québécois ont économisé de 15 à 20 p. 100 sur leurs factures de chauffage. Les municipalités ont économisé des millions de dollars en frais de déneigement et ont envoyé leurs employés réparer les nids-de-poule. La température de l’air étant plus caractéristique du mois d’avril que de celui du mois de janvier et le sol n’étant pas gelé, les travailleurs de la construction ont pu travailler plus longtemps dans des conditions anormalement chaudes pour la saison. Le personnel paramédical a rapporté un nombre inférieur de cas d’engelures et d’hypothermie. Sans compter qu’il ne faisait pas assez froid et qu’il n’y avait pas assez de neige pour causer des crises d’attaque en raison de la météo.

Outre les régions à l’abri direct des Grands Lacs, la quantité totale de neige pour la saison n’avait rien d’impressionnant. À Toronto, on a reçu seulement 60,3 cm de neige, la deuxième plus petite accumulation de son histoire, comparativement à une normale de 115,4 cm. L’Île-du-Prince-Édouard a battu un record de tous les temps au chapitre des plus faibles précipitations de neige. À la fin de février, Charlottetown avait reçu un peu plus de 100 cm (soit 46 p. 100 de la quantité habituelle). Halifax et Sydney, en Nouvelle Écosse, et Moncton, au Nouveau-Brunswick, ont également reçu la moitié de la neige habituellement tombée à la fin de février. Dans le cas de Montréal, sans doute la grande ville la plus enneigée au monde, elle n’a reçu que 56 p. 100 de sa chute habituelle pour la période d’octobre à février.

Soit dit en passant, la neige a été abondante dans l’Ouest canadien. Les villes albertaines ont été blanches presque tout l’hiver. À Calgary, presque 50 p. 100 de plus que la moitié de la quantité de neige habituelle est tombée, et, à Edmonton, les chutes de neige étaient 28 p. 100 supérieures à la normale. Aux stations de ski de la Colombie Britannique, les chutes de neige ont avoisiné des quantités record et ont entraîné la visite d’un nombre croissant de skieurs. Avec encore deux mois de ski à venir, pour certaines stations, elles dépassaient déjà le nombre de visiteurs de l’année précédente (près de 6 millions). Les couches de base à Grouse et à Seymour, près de Vancouver, variaient de 400 à 500 cm au début du printemps. Whistler peut se vanter d’avoir connu sa meilleure année avec une couche de base de 300 cm, alors même que juin était bien entamé.

En fin de compte, l’hiver est bien arrivé dans l’Est. Au cours de la deuxième moitié de janvier, l’air froid de l’Arctique s’est infiltré, peu à peu, dans les régions du centre et de l’est du Canada. Nous avons connu l’arrivée la plus tardive de l’hiver de l’histoire de l’Est canadien. La première tempête hivernale, bien que deux mois en retard, a créé le chaos de circulation habituel pour une première tempête, elle a retardé des vols et forcé des annulations, elle a causé des chutes, a paralysé des autobus scolaires et a justifié de longues périodes d’attente pour les remorqueuses et les réanimations de batterie. Le 20 janvier, Montréal a reçu sa première chute de neige importante, soit 20 cm. Tout au long de la journée, des centaines de sorties de route et des centaines d’accrochages ont été enregistrées alors que la neige recouvrait le sud du Québec. Si le froid hivernal a mis du temps à arriver, une fois rendu, il s’est installé pendant quelques semaines. Au 18 février, Toronto comptait 30 jours consécutifs sous le point de congélation. Le froid a causé le gel et le bris de milliers de conduites résidentielles et municipales. Pour les personnes qui ont fait preuve de patience afin de créer leur propre patinoire dans la cour, ces six semaines se sont avérées les meilleures – aucune fonte.

En résumé, l’hiver dans l’Est a duré environ six semaines – ce qui est loin des six mois dont on a souvent l’impression.

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