Les dix événements météorologiques les plus marquants de 2009 : évènement quatre

Table des matières

4. Des embâcles record sur la rivière Rouge

Carte du Canada mettant en surbrillance La rivière Rouge au Manitoba qui a enregistré les deuxièmes plus haut niveau d'inonddation depuis près de 100 ans

Photo de la grange rouge entourée d'eau provenant des crues de la rivière Rouge. Photo : Rod Zemianski © Environnement Canada, 2009

Au Manitoba, les crues printanières de la rivière Rouge ont été les deuxièmes en importance depuis près de cent ans. Au nord de Winnipeg, à Breezy Point et à St. Clements, les embâcles ont causé la pire inondation du siècle et nécessité des évacuations complètes. Au pic de l’inondation, près de 3 000 personnes avaient dû quitter leurs maisons, dont plus de la moitié dans des collectivités des Premières nations. Près de Morris, la largeur de la rivière Rouge, qui se mesure normalement en mètres, a gonflé à 16 kilomètres, entraînant l’inondation de riches sols agricoles et d’autoroutes. L’endommagement ou la destruction de quelque 500 maisons s’est traduit par des demandes d’indemnisation dépassant les 40 millions de dollars.

Trois facteurs principaux ont mené aux crues printanières :

  • D’abondantes pluies automnales (43 % de plus que la moyenne) ont saturé le sol juste avant l’arrivée du gel au début de décembre, réduisant fortement la capacité du sol à absorber l’eau de fonte au printemps.
  • Le sud du Manitoba a connu un hiver très enneigé, avec quelque 25 % de plus de neige que la normale. Ce fort enneigement, couplé à d’abondante pluies printanières – qui ont atteint plus du double de la normale –, a gonflé les eaux d’amont critiques situées dans le Dakota du Nord, dont l’excédent s’est déversé en direction nord vers le Canada, via la rivière Rouge et ses tributaires. Au printemps, des températures de saison normales auraient permis à la rivière Rouge de canaliser sans problème ces eaux de fonte excédentaires, mais malheureusement cela n’a pas été le cas.
  • Au lieu de cela, le printemps anormalement froid a ralenti la fonte de la neige dans le bassin fluvial, la décroissance de la glace dans les cours d’eau et le ruissellement superficiel provenant des ponceaux et des fossés. Le 1er avril, les autorités signalaient avec inquiétude que 90 % des ponceaux à l'est de la rivière Rouge étaient toujours complètement gelés, et que plus de la moitié à l'ouest de la rivière étaient bloqués. La formation d’embâcles dans la rivière Rouge, qui s’écoule vers le nord, a causé un refoulement d’eau qui a inondé les berges et transformé en désastre une inondation jusque-là simplement contrariante. Les riverains des terres basses des rivières Rouge et Assiniboine ont commencé à ériger des murs de sacs de sable.

À la mi-avril, un bref réchauffement a affaibli la glace fluviale au nord de Winnipeg. Des plaques de glace massives, certaines de la grosseur d’une automobile, se sont transformées en remparts mouvants qui ont éperonné les maisons. Certains résidants ont dû se réfugier sur le toit pour demeurer au sec. Des radeaux de glace géants de six mètres de hauteur ont été poussés sur le rivage, jusqu’à plus d’un demi-kilomètre de l’eau. La glace avait une puissance suffisante pour abattre des arbres ou écraser et déchiqueter des centaines de maisons et d’ouvrages, avec des effets dévastateurs. En d’autres endroits, de forts vents ont à l’occasion poussé les glaces et fait monter l’eau à un niveau de crue. Le 16 avril, le niveau de la rivière Rouge se situait à seulement un demi-mètre du niveau de l’« inondation du siècle » de 1997, qui avait forcé l’évacuation de 28 000 personnes et causé pour plus de 500 millions de dollars de dégâts. L'inondation de cette année a entraîné la mort d’un couple de personnes âgées dont l’automobile a été emportée dans la rivière. Deux mois après le retrait des eaux de crue, un grand nombre de municipalités, d’agriculteurs et de propriétaires poursuivaient encore les opérations de nettoyage.

En fait, au début de la saison des semis, de nombreux champs demeuraient gorgés d’eau. Cette saturation d’eau, combinée à un temps extrêmement pluvieux et à de froides températures printanières, a retardé l’ensemencement dans la plupart des régions de la province. Certains producteurs de la région des lacs n'ont jamais pu atteindre leurs champs, et 170 000 ha de terres agricoles manitobaines n’ont pu être ensemencées, soit une des plus fortes superficies des dernières années, qui a donné lieu au versement de 21,5 millions de dollars en paiements d'assurance. Certains agriculteurs étaient à ce point désespérés qu'ils ont nolisé un avion pour procéder à un ensemencement aérien à la volée.

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