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Les dix événements météorologiques les plus marquants au Canada en 2013

Nº4 Le cauchemar de Noël

Figure 4a. Carte du Canada. Cliquez pour grande carte.

La fin de semaine avant Noël, une violente tempête hivernale a fait tomber sur certaines régions de l’Est du Canada un épais mélange de neige, de grésil, de pluie et de pluie verglaçante qui a fait vivre plusieurs jours de froid et de noirceur à une grande partie de la population. En raison de l’épaisse couche de glace, les rues et les trottoirs sont devenus glissants et dangereux, et des lignes de transport d’électricité ont été endommagées, plongeant dans le noir plus de 500 000 personnes. En plus des ravages qu’elle a engendrés dans la plus grande ville canadienne, la tempête a nui à la circulation en Amérique du Nord pendant une période de l’année où les gens voyagent le plus. Bien qu’elle ait créé énormément de dommages, la tempête ne peut en rien se comparer à la crise du verglas qui a paralysé la même région en 1998. La tempête de 1998, en effet, avait fait plus de deux douzaines de victimes et avait laissé quatre millions de personnes dans l’obscurité.

Le caractère pittoresque de la tempête de Noël n’enlève rien aux conditions extrêmement dangereuses qu’elle a provoquées, en abattant notamment les lignes électriques lesquelles se sont entremêlées avec des branches d’arbres cassées, perchées au-dessus des routes et des terrains. La région touchée commençait au lac Huron, passait par la région du Grand Toronto, s’étendait à l’est le long de l’autoroute 401 jusqu’à Cornwall, englobait les Cantons de l’Est au Québec jusqu’aux régions centrales des Maritimes, autour de la baie de Fundy. L’épicentre de l’épisode de pluie verglaçante se trouvait au sud de l’Ontario, entre Niagara et Trenton, région qui a reçu en deux jours entre 20 et 30 mm de pluie – l’équivalent de plus de deux ans de précipitations.

Le système météorologique complexe en provenance du Texas a poussé de l’air chaud et humide vers le Nord, par-dessus la mince couche de surface d’air froid qui l’attendait dans l’Est du Canada. La première vague a causé des précipitations mixtes constantes dans le Sud de l’Ontario à partir de la fin de journée le 20 décembre et jusqu’au lendemain matin. Quelques heures de précipitations intermittentes ont suivi avant qu’une tempête plus puissante, canalisant des charges d’humidité provenant du golfe du Mexique, commence en fin d’après-midi, pour ne cesser que le lendemain. À l’aéroport Pearson de Toronto, d’impressionnantes précipitations de pluie et de bruine verglaçantes ont commencé en soirée le 20 décembre pour se terminer qu’en fin d’après-midi le 22 décembre, pour un total de 43 heures, alors que les températures restaient assez constantes, soit environ un degré autour du point de congélation, pendant 60 heures. La ville de Trenton, quant à elle, a vécu 55 heures de précipitation verglaçante, alors que les régions plus au nord – entre Kincardine et Ottawa – étaient aux prises avec la neige et le grésil : Ottawa en a reçu le plus avec 18 cm de neige tandis que Cornwall recevait 15 cm de grésil. Au sud-ouest de l’Ontario et le long de la rive nord du lac Érié, la pluie était omniprésente, l’accumulation totalisant entre 40 et 70 mm. Les régions de Montréal et de Saint-Hyacinthe ont surtout reçu de la neige, soit 11 et 20 cm respectivement, alors que 65 cm de neige tombaient sur la Gaspésie, accompagnée de vents violents. L’accumulation totale de pluie verglaçante au Québec a varié entre 15 et 25 mm dans la vallée du Richelieu et à Sherbrooke, et dans les régions centrales des Maritimes, la pluie verglaçante a laissé partout une couche de glace de 10 à 30 mm d’épaisseur.

Arbres brisés à cause de la glace.

Comme les températures sont restées sous le point de congélation après la tempête, la fonte a été peu importante. Les vents sont devenus plus forts, brisant pendant toute une semaine les branches lourdement chargées de glace, qui à leur tour endommageaient les lignes électriques. Plus de la moitié des gens qui ont manqué d’électricité habitaient dans la région de Toronto, ce qui a amené Toronto Hydro à parler d’une des plus importantes tempêtes de verglas de l’histoire. La pluie et la glace ont endommagé le réseau de transport en commun de la ville, rendu inutilisable une station de pompage des eaux et réduit deux importants hôpitaux à utiliser des groupes électrogènes de secours. Les centres communautaires ont été ouverts pour réchauffer et nourrir des milliers de citoyens, alors que les détaillants avaient du mal à rester ouverts pendant une des semaines de magasinage les plus occupées et les plus rentables de l’année.

Au Québec, 53 000 abonnés ont subi des pannes d’électricité, la plupart étant situés dans les Cantons de l’Est, en Montérégie et à Montréal. Dans les Maritimes, la région la plus touchée avait comme centre Rothesay et St. Stephen, au Nouveau-Brunswick, où plusieurs milliers de personnes ont subi des pannes d’électricité intermittentes. Des camions d’électriciens du Michigan et du Maine, et même d’aussi loin que le Manitoba, sont arrivés pour apporter leur soutien, mais le rétablissement de l’électricité s’est avéré long et difficile, les équipes de réparation ayant à composer avec la neige épaisse, les surfaces glissantes et les amas de débris afin d’atteindre les secteurs endommagés. Le lendemain de Noël, plus de 100 000 personnes étaient privées d’électricité dans leur maison, leur entreprise ou leur exploitation agricole.

La tempête est soupçonnée d’avoir joué un rôle dans certains décès en Ontario et au Québec, dont six collisions mortelles sur l’autoroute et cinq morts par empoisonnement au monoxyde de carbone dues à l’utilisation de génératrices au gaz et d’autres méthodes de chauffage non sécuritaires. Les coûts additionnels entraînés par les heures supplémentaires des travailleurs, la nourriture avariée et les dommages subis par les maisons, les véhicules et les infrastructures publiques sont évalués à plus de cent millions de dollars. Les arbres perdus, quant à eux, sont irremplaçables. À Toronto seulement, certaines rues ont perdu entre 50 % et 80 % de leurs arbres mûrs, ce qui a laissé de grands trous dans la forêt urbaine.

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