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Les dix événements météorologiques les plus marquants au Canada en 2014

Nº1 Un hiver canadien long et froid

Après plusieurs hivers cléments, la réputation du Canada comme pays le plus froid après la Russie a été confirmée à l’hiver 2013‑2014. Si la Colombie-Britannique et le Yukon ont connu de douces brises et des cieux ensoleillés, le reste d’entre nous avons grelotté comme jamais en 18 ans auparavant, à des températures qui ne s’étaient vues que deux fois au cours des 35 dernières années. Le vortex polaire maléfique – une circulation d’air arctique glacial et dense – est descendu beaucoup plus loin que la normale vers le sud, frigorifiant le cœur de l’Amérique, de Tuktoyaktuk à Toronto et à Tallahassee. En même temps, les systèmes météo du Pacifique qui aident à repousser le temps froid vers le nord ou jusqu’en Sibérie étaient rares. L’intensité du froid a été remarquable, mais c’est sa durée qui nous a coupé les jambes. Dans la plupart des régions du pays, l’hiver a frappé tôt, dès l’Halloween, et n’est reparti qu’après Pâques. Il y a bien eu un dégel en janvier, mais un dégel timide qui a duré des heures plutôt que des jours ou des semaines. Pour des millions de Canadiens, de Windsor à Québec, la période hivernale « normale » de décembre à février s’est classée au huitième rang des hivers les plus froids jamais vus. Chose encore plus révélatrice, les cinq mois de novembre à mars inclusivement ont été les plus froids depuis le début de la tenue de registres nationaux en 1948.

La neige dans la foret.

©Environnement Canada

Et nous n’avons pas fait que le ressentir; nous avons été prisonniers de chutes de neige, de tempêtes de verglas paralysantes et de couvertures de neige persistantes sans précédent. Nous avons connu des records de précipitations à Windsor, Calgary, Red Deer, Kenora et dans une poignée d’autres villes du Canada. À Saskatoon, il y a eu de la neige au sol pendant six mois – probablement la plus longue période de couverture continue depuis l’année des premières statistiques, en 1955.

Voici quelques faits qui illustrent combien il a fait froid et neigé :

  • Selon les données météorologiques de la sonde Curiosity de la NASA, la population habitant entre Regina et Rouyn se réveillait le matin à des températures plus froides que sur Mars.
  • Le 7 janvier, à 14 h, la ville la plus au sud du Canada, Windsor, était entre ‑17,4 °C et 10 degrés plus froide que la ville la plus au nord, Iqaluit.
  • Le 4 janvier, Ottawa a oublié ses flaques de neige fondante et son temps doux lorsque la température est tombée à ‑25.6 °C en moins de 24 heures. Mais le froid brutal de la ville n’était rien en comparaison avec certains endroits du Québec, où le facteur éolien est tombé à un niveau insupportable de -56 à Fermont et à Normandin, où la chair nue pouvait geler en moins de deux minutes. À Lac Benoît, la température est tombée à ‑47,4 °C.
  • Le 26 février marquait le 47e jour d’alerte de froid extrême à Hamilton; 47 était le nombre de jours d’alerte de froid extrême pour la ville pour les trois derniers hivers regroupés.
  • Le nombre de jours où la température est tombée en deçà de 0 °C était 15 pour cent plus élevé que la moyenne dans le sud de l’Ontario et du Québec, ce qui explique l’épaisseur exceptionnelle de la glace fluviale et lacustre.
  • Toronto a connu son hiver le plus froid en 20 ans, ce qui a incité le bureau de la santé publique à émettre 36 alertes de froid extrême, comparativement à neuf l’année précédente. En outre, la ville a eu de la neige au sol pendant plus de 100 jours consécutifs, sur une couche de verglas tombé avant Noël.
  • Kenora n’a pas connu d’hiver plus froid ni vu autant de neige depuis 1938, année des premières statistiques, tandis que Kitchener-Waterloo a enregistré 28 jours de températures inférieures à ‑20 °C; la normale est 6.
  • Mais c’est Winnipeg, en principe la grande ville la plus froide au Canada, qui a vécu le pire. Pas un humain ne peut dire qu’il y a déjà passé un hiver plus froid : les résidents ont survécu à la période décembre/mars la plus froide depuis 1898 – longtemps avant les îlots de chaleur, l’automobile, l’industrie lourde et le réchauffement de la planète. Les températures moyennes ont été de ‑20 °C, comparativement à une moyenne normale de ‑14,3 °C, et il y a eu 30 jours de froid glacial où la température est tombée en deçà de ‑30 °C, alors que la moyenne typique est de 12. Pour ajouter à ses malheurs, la ville a reçu une quantité exceptionnellement abondante de neige. Les 155 cm qui lui sont tombés dessus étaient bien au‑delà de la moyenne de 100 cm et de la plus forte précipitation que la ville ait reçue depuis l’hiver 1996‑1997 – assez pour donner un sort au mythe selon lequel il fait toujours trop froid pour neiger! La seule bonne nouvelle était que le froid et la neige étaient si secs que le risque d’inondations printanières s’en est trouvé limité.

Déneiger une voiture.

©Environnement Canada

Un froid à vous transpercer les os et à vous faire claquer les dents, et une neige qui ne voulait pas partir ont eu une foule de conséquences négatives. Une pénurie de sel de voirie dans certaines régions du Canada central a obligé les fournisseurs à faire des pieds et des mains pour trouver d’autres approvisionnements, et les consommateurs de propane et de gaz naturel ont pesté contre la flambée des prix. Les températures glaciales ont entraîné des niveaux record de consommation d’électricité, car il a fallu l’augmenter pour repousser le froid, et la facture des propriétaires de résidences et de locaux commerciaux a grimpé de 20 pour cent. Des pannes fréquentes d’électricité n’ont fait qu’empirer les choses. Le froid mordant a rendu la vie plus pénible que jamais aux sans‑abris. Les hôpitaux ont eu à traiter de plus nombreux cas d’engelures, d’hypothermie et de chutes sur des trottoirs et des rues glacés; la Société canadienne du sang a expérimenté une diminution importante du nombre de donateurs. La durée et la rigueur de l’hiver ont aussi entraîné une multiplication des cas de dépression et d’anxiété. Parfois, le froid intense a créé des cauchemars pour les transports. Les entreprises de remorquage n’arrivaient plus à répondre aux appels, et les attentes pour les appels non prioritaires du service routier atteignaient régulièrement cinq heures ou plus. Le froid extrême a aussi perturbé la circulation aérienne lorsque le plus grand aéroport du Canada, l’Aéroport international Pearson de Toronto, a dû fermer à cause de graves effets en chaîne pour l’aviation à l’échelle du pays.

Courir sur la route glacée.

©Environnement Canada

Les plombiers n’auraient pas pu être plus occupés, avec les bornes-fontaines à dégeler, les tuyaux éclatés et les gicleurs brisés. Les propriétaires ont pris d’assaut les lignes téléphoniques d’urgence, pour signaler des conduites d’eau brisées et des toilettes gelées. Certains résidents de Winnipeg ont été privés d’eau pendant des mois, car les températures glaciales persistantes ont gelé le sol jusqu’à un ou deux mètres de profondeur. La ville a enregistré le plus grand nombre de conduites d’eau gelées en plus de 35 ans. Des centaines de tuyaux ont aussi gelé à Thunder Bay et à Kenora; cette dernière a été forcée d’émettre un avis d’ébullition de l’eau potable dans toute la ville. Les tuyaux gelés, avec de fortes chutes de neige et des facteurs éoliens transperçants, ont aussi contribué aux journées blanches pour les écoliers et aux annulations de divers événements, qui sont devenus monnaie courante dans tout l’Est canadien. Des conditions hivernales brutales ont aussi imposé leur tribut aux plantes et aux animaux.

Glace sur la rivière.

©Environnement Canada

La destruction par l’hiver a été particulièrement forte partout : les dommages aux terrains de golf ont coûté des millions de dollarsen perte de chiffre d’affaires et en réparations. L’industrie vinicole de l’Ontario a perdu des millions de dollars parce que le froid a eu raison de 60  à 95 pour cent des bourgeons des vignes. Dans certaines collectivités, les biologistes ont fait état d’une perte sans précédent d’arbres et d’arbustes d’ornement à cause des dommages causés par l’hiver, par le sel ou par dessiccation éolienne. À la ferme, le froid extrême a obligé les bovins à manger encore plus que d’habitude pour conserver leur chaleur. Les apiculteurs ont perdu jusqu’à 50 pour cent plus de ruches que l’hiver précédent. Les grands froids et la neige abondante ont aussi contribué à une baisse des populations de cerfs, tandis que les chauves-souris brunes sont littéralement tombées du plafond et sont mortes transpercées par le froid.

 
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