Les dix événements météorologiques les plus marquants de 2011 : évènement quatre

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4. Agriculture : du mauvais sort à l’essor

Carte du Canada démontrant les régions de l'Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l'Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse avec des inondations pendant la saison de croissance.

Dans l'Ouest...

Certains agriculteurs, incapables d'ensemencer leurs champs en 2010 se sont retrouvés dans la même situation cette année, en raison d'un temps excessivement humide. D'autres ont réussi à ensemencer, mais ont vu leurs champs submergés par l'eau, et ce, à deux reprises. Le premier jour de l'été, plusieurs planteurs avaient abandonné et ceux qui avaient persévéré savaient pertinemment que les cultures plantées tardivement produisaient moins et étaient plus fragiles en cas de gelées automnales. La Commission canadienne du blé a estimé que 2,75 millions d'hectares de terres agricoles n'ont pas été ensemencés dans l'Ouest, principalement au Manitoba et en Saskatchewan, conduisant ainsi au deuxième plus grand épisode de terres agricoles abandonnées depuis le début des années 1970; l'année 2010 s'est révélée être le pire de ces épisodes. Les inondations prolongées et la saturation ont menacé de coûter à l'économie de l'Ouest plusieurs milliards de dollars. Les agriculteurs avaient besoin de beaucoup de soleil et de vents desséchants; ils n'ont obtenu ni l'un ni l'autre. À l'inverse, la région située entre Regina et Portage la Prairie était inondée. En juin, certains producteurs persévérants ensemençaient encore leurs terres, un mois plus tard qu'à l'habitude. À l'inverse, le centre et le nord de l'Alberta et de la Saskatchewan ont connu un mois de mai favorable qui a permis aux agriculteurs de beaucoup progresser à la fin du printemps.

© Agriculture et Agroalimentaire Canada  Terres agricoles inondées près de Weyburn (Saskatchewan) en avril.

L'inversion des conditions météorologiques à l'arrivée de l'été a été encore plus extraordinaire. Les doyens du milieu agricole ne se souviennent d'aucune période de végétation plus difficile : après avoir été saturée en eau, la terre a en effet été brûlée. Pour certains, la période de végétation ayant commencé par une inondation s'est terminée par une récolte spectaculaire, avec trois mois de temps magnifique, propice à la maturation et au séchage. Des mois de juillet et d'août chauds, secs et ensoleillés ont favorisé le développement des cultures et permis aux agriculteurs de se rattraper, alors que les zones de culture du nord ont vu arriver les pluies tant attendues. À Winnipeg, le mois de juillet a été le plus sec depuis le début de la tenue des registres en 1872. Même les zones les plus touchées par la pluie avaient séché en août. La ville de Souris (Manitoba), qui avait besoin des militaires pour écoper en juin, attendait désespérément la pluie en juillet. Tandis qu'un journaliste a décrit la situation comme un contrecoup météorologique, un planteur saisonnier l'a encore mieux résumée en déclarant : « Je pourrais toucher les indemnités de mon assurance pour inondations et sécheresse en même temps ».

© Agriculture et Agroalimentaire Canada  Terres agricoles inondées près de Weyburn (Saskatchewan) en avril.

Dans les Prairies, l'été est arrivé en septembre. Alors que les citadins se rendaient dans les parcs et les piscines (ouverts encore après la fête du Travail), les agriculteurs travaillaient jour et nuit pour mener à bien les récoltes. Le 25 septembre, quatre jours après le début de l'automne, Edmonton a enregistré la température la plus élevée de l'année : 31,4 °C. Les mois d'août et de septembre ont été les mois les plus secs dans la ville, alors que les mois de juin et de juillet avaient atteint le record d'humidité. À Calgary, les précipitations de 10,6 mm en septembre constituaient environ un quart de la moyenne mensuelle; sur une période de six semaines, s'étendant de la mi-août au 25 septembre, la ville a connu seulement six jours de pluie. Étonnamment, des températures dépassant les 25 °C ont été enregistrées en septembre, lors de deux épisodes de cinq jours, après des mois de juin, juillet et août où les épisodes de ce type ne dépassaient pas deux jours. Lorsqu'un gel intense s'est abattu au milieu du mois de septembre, les dommages ont été minimes, car la plupart des cultures avaient mûri. À la fin du mois, les récoltes étaient terminées à 85 %, et tout était fini le jour de l'Action de grâces. Le renversement des conditions météorologiques s'est accompagné d'un retournement de situation : la quantité et la qualité des récoltes se sont révélées dans la moyenne ou supérieures à la moyenne. Au lieu de perdre des milliards de dollars, les agriculteurs de l'Ouest ont empoché leur quatrième rendement net le plus élevé. En prime, les prix étaient élevés.

Dans l'Est…

Les agriculteurs de l'Est ont également connu une période de végétation difficile. Tout a commencé par un temps froid et de fortes pluies qui ont retardé les plantations, suivi par un long épisode de sécheresse, survenu au moment critique de la reproduction des cultures. Des pluies fortes et irrépressibles ont suivi entre août et octobre, retardant la récolte et diminuant la qualité des cultures. Les graines d'une saison de végétation difficile ont été semées plus tôt, alors que le printemps humide a noyé ou inondé les plantations. Les agriculteurs ont perdu un mois entier à cause des conditions météorologiques. En Ontario et au Québec, moins de 5 % des cultures de maïs étaient semés à la fin du mois d'avril, comparativement à 90 % en 2010. Et lorsqu'il ne pleuvait pas, la terre ne séchait malheureusement pas car l'ensoleillement totalisait en moyenne plus de deux heures et demie de moins par jour en mai. Même les abeilles étaient en retard dans la pollinisation. Les doyens du milieu agricole ont rapidement déclaré qu'il s'agissait de la pire année pour les plantations. Le temps frais et humide récurrent a également tenu les agriculteurs du Canada atlantique éloignés de leurs champs détrempés, retardant ainsi la plantation des pommes de terre et du grain et suscitant des craintes quant aux maladies des cultures liées à l'humidité.

Le premier jour de l'été, le temps a soudainement changé dans le Centre du Canada. À la mi‑juillet, les agriculteurs de l'Ontario désespéraient qu'il pleuve. Les périodes de sécheresse et de chaleur ont été particulièrement rudes pour le blé, le maïs et le soja. La région de cultures fruitières de Niagara était particulièrement desséchée. Pendant 28 jours, entre la dernière semaine de juin et les trois premières semaines de juillet, seulement 0,2 mm de pluie est tombé à Hamilton. Des pluies à la fin juillet sont arrivées juste à temps pour que le désastre agricole soit évité. Le mois d'août a été exceptionnellement humide dans le Sud du Québec, causant des retards dans les récoltes, tandis que les pluies excessives en Ontario en septembre et octobre ont été suffisantes pour retarder considérablement les récoltes. Pour certains planteurs, la majorité des cultures était toujours debout à la mi-octobre. Dans le comté d'Essex, seuls 10 % des cultures de soja avaient été récoltés à Halloween, alors que presqu’aucun épi de maïs n'avait été récolté dans les champs; cela n'est pas surprenant car la ville de Windsor toute proche a connu des précipitations pendant plus de la moitié des mois de septembre et octobre. Le total des précipitations tombé pendant deux mois était égal à 330 mm, soit plus de deux fois la moyenne normale. De nombreux agriculteurs n'ont pas pu atteindre leurs cultures sans s'enliser dans la boue et les conditions humides ont également empêché l'ensemencement du blé d'hiver. Par contre, les agriculteurs ont profité de premières gelées et chutes de neige tardives. À London par exemple, la première gelée avait deux à trois semaines de retard, tandis qu'à Ottawa aucune chute de neige n'a été enregistrée avant le jour du Souvenir, et ce, pour la première fois depuis les premiers registres en 1937. La période plus chaude que la normale, enregistrée entre août et novembre, a été la bénédiction des planteurs de l'Est. En fin de compte, les conditions météorologiques changeantes ont créé une multitude de conséquences pour les agriculteurs, allant du mauvais sort à l'essor, selon les cultures et leur emplacement.

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