Les dix événements météorologiques les plus marquants de 2008 : évènement huit

Table des matières

8. Hanna et ses frères

Carte du Canada mettant en surbrillance les régions touchées par une série d'ouragans durant la saison des ouragans de 2008

Les spécialistes des ouragans avaient prévu une autre saison d'ouragans mouvementée dans l'Atlantique en 2008, et ils avaient vu juste. D'Arthur à Paloma, 16 tempêtes baptisées se sont formées dans le bassin de l'Atlantique, ce qui est bien au dessus de la moyenne à long terme de onze. La moitié des tempêtes étaient en pleine activité, comparativement à la normale de six tempêtes. Cinq ont été enregistrées comme des tempêtes majeures, d'une catégorie 3 ou plus : Bertha, Gustav, Ike, Omar et Paloma. La saison des ouragans de 2008 dans l'Atlantique sera probablement considérée comme l'une des plus dévastatrices. Elle a causé de nombreux décès et une destruction étendue dans les Caraïbes, en Amérique centrale et aux États Unis. Pour la première fois, six tempêtes tropicales consécutives ont touché terre aux États Unis, et un record de trois ouragans majeurs ont frappé Cuba. La grosse saison des ouragans s'inscrit dans la continuité de l'activité supérieure à la normale qui a commencé en 1995.

La tempête tropicale Cristobal a été le premier système tropical important à toucher le Canada atlantique au cours de la saison. À l'approche des Maritimes, le 21 juillet, le système a atteint son intensité maximale avec des vents soutenus avoisinant les 110 km/h. La tempête a inondé le Sud de la Nouvelle Écosse, déversant sur certaines régions côtières en moins de 24 heures la même quantité de pluie qui tombe normalement en un mois, lorsqu'elle s'est jointe à un front stationnaire. Baccaro Point (juste au sud ouest de Shelburne) a reçu le plus de pluie provenant de Cristobal et du front avec 165 mm. Le cap Western a reçu 127 mm, et Halifax, 42 mm. Les pluies abondantes ont inondé les sous sols, ont fait s'effondrer des routes et ont causé de l'aquaplanage sur les routes locales. Les vents les plus forts de Cristobal sont restés bien loin des côtes.

Après que l'ouragan Hanna a frappé Haïti au début de septembre, tuant plus de 175 personnes et laissant des milliers de sans-abri, la tempête s'est déplacée vers le nord, dévastant les Carolines et l'Est de la Nouvelle Angleterre. Hanna a inondé New York en quelques heures de la même quantité de pluie que la ville reçoit habituellement en un mois. Pour la plupart des habitants des Maritimes, Hanna a davantage été une contrariété, qui a gâché une fin de semaine du début de septembre. Par contre, c'était bien différent le long de la côte de la baie de Fundy. En effet, pour les habitants de Saint John, Hanna a causé un véritable déluge. Au total, 145 mm de pluie sont tombés en 14 heures sur une période de deux jours. Le 7 septembre a été la journée de septembre la plus pluvieuse enregistrée (104,4 mm) et la cinquième journée la plus pluvieuse jamais enregistrée. Il s'agissait presque d'un phénomène ne survenant qu'une fois tous les cent ans. Dans plusieurs rues inondées du centre ville, l'eau atteignait la hauteur de la taille. L'inondation a rempli des centaines de sous-sols d'eaux usées sales jusqu'à une hauteur d'un mètre ou plus. Dans les régions rurales des Maritimes, les terres déjà saturées des pluies abondantes d'août ont inquiété les agriculteurs qui ne pouvaient utiliser la machinerie lourde sans endommager les champs. La tempête avait beaucoup diminué d'intensité à son arrivée à Terre Neuve et Labrador. La chute de pluie la plus importante a eu lieu à Burgeo (70 mm) et les vents les plus forts ont été enregistrés dans la région de Wreckhouse (rafales de 81 km/h).

Le meurtrier et dévastateur ouragan Ike a été l'ouragan le plus coûteux de 2008 : un ouragan de catégorie 4, avec des vitesses de pointe de vent atteignant près de 230 km/h. Il est passé par les Caraïbes et Cuba, puis dans le golfe du Mexique, où il a causé des inondations et des vagues de tempêtes destructrices sur la côte du Texas. La tempête s'est affaiblie lorsqu'elle a frappé l'intérieur des terres de l'Est du Texas et de l'Arkansas, puis en se rendant vers le bassin des Grands Lacs, mais les restes de la tempête ont quand même généré des rafales de la force d'un ouragan aussi loin au nord qu'en Ohio. Les 14 et 15 septembre, les restes d'Ike sont arrivés au dessus du lac Huron, où ils ont laissé des quantités importantes de pluie. Des vents forts ont emmêlé des lignes électriques et fait tomber des branches et des arbres le long des côtes immédiates du lac Érié et du lac Ontario. Tout le long de la journée précédente, un système de tempête provenant de l'océan Pacifique et se déplaçant lentement a déversé une pluie battante sur la province. Au total, les accumulations de pluie ont atteint 125 mm près de Sarnia, 96 mm à Windsor, 91 mm à Mount Forest et 51 mm à Parry Sound.

Ike a également déversé d'importantes quantités de pluie au Québec, notamment 67 mm dans le parc de La Vérendrye en 20 heures, 58 mm en 19 heures à Québec, 58 mm en 19 heures à Baie-Comeau, et 70 mm en 17 heures à Bagotville. Dans certaines zones habitées, plusieurs sous sols ont été inondés, et des tronçons de route ont été submergés. Ce ne sont pas les vents d'Ike ou la pluie qui ont eu les plus grandes répercussions au Québec. L'humidité élevée associée à la masse d'air tropical a mené à un arrêt important du système de métro de Montréal. Selon des responsables à la Société de transport de Montréal (STM), la défaillance a été causée par la condensation de l'humidité sur l'équipement électrique. L'humidité (point de rosée) dans la masse d'air a atteint 24°C à Montréal, un phénomène très rare, étant donné que seulement une fois en 55 ans on y a enregistré une valeur aussi élevée.

À peine étaient-ils remis de Hanna que les comtés autour de la baie de Fundy ont été frappés par une autre tempête tropicale lorsque l'ouragan Kyle s'est déchaîné à la fin de septembre. Tôt le 27 septembre, la tempête est passée bien à l'ouest des Bermudes, et elle est devenue un ouragan plus tard cette journée là. L'ouragan s'est déplacé rapidement vers le nord, et il est passé au dessus de l'Ouest de la Nouvelle Écosse le jour suivant. Kyle était à la limite de l'ouragan lorsqu'il a touché terre juste au sud de Yarmouth, et bien à l'est de Saint John, au Nouveau Brunswick. La tempête a laissé des quantités importantes de pluie sur la Gaspésie et sur la Basse Côte Nord au Québec. À Cap-d'Espoir, on a enregistré 74 mm de pluie en 31 heures. Point Lepreau a été à nouveau inondé lorsque 68 mm de pluie sont tombés les 27 et 28 septembre. Baccaro Point a enregistré les rafales les plus puissantes à 124 km/h, même si un bateau de la Garde côtière canadienne (GCC) a signalé une rafale de 154 km/h au large de la côte de Shelburne. Ces vents ont causé des dommages mineurs aux constructions et ont fait tomber certains gros arbres à Shelburne. Les répercussions de Kyle ont été atténuées par les eaux relativement froides à 15°C de l'océan Atlantique. Cependant, sa force a privé d'électricité des milliers de clients de la Nova Scotia Power, et des averses de pluie supplémentaires ont ajouté aux préoccupations grandissantes des agriculteurs qui ne pouvaient se rendre sur leurs terres pour commencer la récolte. Heureusement, il y a eu beaucoup de publicité autour de Kyle et, du fait qu'il est arrivé le jour du cinquième anniversaire du tristement célèbre ouragan Juan, les habitants des Maritimes étaient prêts pour la tempête, ce qui a réduit au minimum son effet.

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