Les dix événements météorologiques les plus marquants de 2009 : évènement six

Table des matières

6. Moins de recul de la glace de mer dans l'Arctique mais pas de reconstitution 

Carte du Canada mettant en surbrillance le recul de la glace de mer dans l'océan Arctique

Photo de glaces de mer et du soleil. Photo : Corel Corporation © Environnement Canada, 1994

En 2009, l'étendue minimale de glace de mer dans l'océan Arctique a été observée à la mi-septembre, soit le troisième plus bas niveau depuis le début de la collecte de mesures satellitaires il y a de cela 30 ans. Bien que l'étendue de la couverture de glace cette année était plus élevée que les étendues minimales record et presque record des deux dernières années, elle se chiffrait tout de même à 1,28 million de kilomètres carrés ou 20 p. 100 sous la moyenne pour la période 1979-2008. Ce phénomène renforce davantage la forte tendance négative de l'étendue de la glace en été observée au cours des trois dernières décennies.  

En eaux canadiennes, l'étendue de la glace de mer était semblable à celle de 2008, mais la distribution spatiale de la glace était différente. Selon le Service canadien des glaces, des concentrations de glace supérieures à la normale se sont produites dans le sud-est de la mer de Beaufort en raison de périodes de vents du nord, qui ont poussé une partie de la banquise de glace de en direction sud. Dans les parties du centre et de l'ouest du passage du Nord-Ouest, la glace plus épaisse et plus étendue a retardé la navigabilité de la route méridionale, alors que la route septentrionale n'a jamais été vraiment navigable durant l'année. En revanche, les deux routes ont été navigables à l'été de 2007 et 2008. Malgré la couverture de glace plus étendue, un nombre record de navires ont traversé le passage du Nord-Ouest - paquebots de croisière, navires de charge et même un ou deux bateaux à rames - sans doute en réponse à l'intérêt plus grand manifesté par des aventuriers et des entreprises commerciales. De plus en plus de glace dans le passage du Nord-Ouest se compose de blocs orphelins détachés de la masse de glace pérenne, plus vieille et plus épaisse, qui se désintègre graduellement et entre plus facilement dans les chenaux, ce qui empêche leur ouverture régulière. Cette année, le passage du Nord-Est le long de la côte de la Sibérie était suffisamment dégagé pour permettre à deux transporteurs allemands de colis lourds de traverser de la Corée à Novyi Port, en Russie, avec l'aide d'un brise-glace.

Dans l'est de l'Arctique canadien, les concentrations de glace ont été généralement bien inférieures aux valeurs normales alors que, par suite du temps frais en été dans le Canada central, la glace dans les parties du sud de la baie d'Hudson a perduré jusqu'à la fin août - soit un mois plus tard que la normale. Aucun chenal d'eau libre ne s'étant formé au nord de l'île d'Ellesmere cette année, aucune nouvelle perte n'a été enregistrée pour les plateaux de glace et aucune nouvelle île de glace ne s'est formée. Le nombre d'icebergs dérivant au sud de 48° de latitude nord dans les couloirs de navigation transatlantiques a été estimé à 1 204. Ce nombre, le plus élevé en 10 ans, fait de cette saison des icebergs la onzième plus forte depuis le naufrage tragique du RMS Titanic en 1912.

Le rétrécissement de la glace de mer dans l'Arctique a ralenti en 2009 pour plusieurs raisons. La température de l'air et la température de la surface de la mer en été étaient encore plus élevées que la normale mais moins élevées qu'elles ne l'étaient en 2007, en particulier dans les mers des Tchouktches et de Beaufort. En outre, le ciel était plus nuageux à la fin de l'été - ce qui a ralenti la perte de glace - et la configuration des vents a eu tendance à disperser la banquise sur une vaste région sans la pousser hors de l'océan Arctique.

Selon le National Snow and Ice Data Center, situé à Boulder, au Colorado, la glace saisonnière domine maintenant dans le Nord, alors que la glace pérenne habituelle, plus épaisse, s'est considérablement désintégrée. Aujourd'hui, près de 80 p. 100 de la glace de mer de l'Arctique est nouvelle, mince, salée et âgée de moins d'un an. En outre, la glace vieille de plusieurs années, durable, s'amincit lentement, est plus morcelée et se déplace plus rapidement. Tous ces facteurs contribuent à sa fonte plus tôt dans la saison.

La couverture de glace de l'océan Arctique, jadis pérenne, devient plus saisonnière et cela a une incidence immédiate sur les peuples du Nord. Cependant, les effets que cela a sur le temps ailleurs demeurent en grande partie incertains mais ils sont potentiellement inquiétants. Les scientifiques ne peuvent exclure les effets de la disparition de la glace sur la sécheresse prolongée sur les grandes plaines de l'Amérique du Nord ou le refroidissement du Gulf Stream. Les eaux plus chaudes de l'océan Arctique émettent de la chaleur dans l'atmosphère, ce qui peut radicalement modifier les régimes de temps. L'Arctique est le réfrigérateur de la planète et il est un facteur essentiel de la stabilisation des climats dans le monde. À mesure qu'une proportion de plus en plus grande de la glace fond, des étendues de plus en plus vastes d'eau de mer, plus foncée, sont exposées et absorbent plus de rayonnement solaire. Une augmentation de juste quelques degrés - ou même d'une fraction de degré - peut faire la différence entre gel et dégel et amplifier le réchauffement du Nord. C'est pourquoi l'Arctique se réchauffe environ trois fois plus rapidement que le reste de la planète.

Date de modification :