Déclaration des ministres responsables des États de l’aire de répartition de l’ours blanc

Moscou, Fédération de Russie, le 4 décembre 2013

Nous, les représentants des parties à l’Accord  sur la conservation des ours blancs de 1973, sommes réunis à Moscou, en Russie, le 4 décembre 2013, à l’occasion du Forum international de discussion sur la conservation de l’ours blanc. Nous célébrons le 40e anniversaire de l’Accord et la coopération établie entre les États de l’aire de répartition pour améliorer la conservation et la gestion internationales des ours blancs. Nous accueillons favorablement et reconnaissons sincèrement toutes les contributions faites lors du Forum international de 2013 sur la conservation et la gestion de l’ours blanc. Respectueux du passé et tournés vers l’avenir nous :

Reconnaissons que les États de l’aire de répartition sont, et devraient être, les intendants et les protecteurs appropriés de l’ours blanc dans leur administration respective;

Reconnaissons notre responsabilité commune pour assurer la conservation, la recherche et les actions concertées touchant l’ours blanc;

Reconnaissons les importantes réussites en matière de collaboration pour la conservation de l’ours blanc depuis la signature de l’Accord de 1973, y compris la contribution à l’augmentation des populations d’ours blancs par rapport aux niveaux antérieurs à 1973, grâce aux mesures prises par les États de l’aire de répartition, comme l’établissement d’aires protégées et la lutte contre la chasse non durable;

Reconnaissons que l’ours blanc, ressource commune d’importance mondiale et indicateur de la santé biologique dans l’Arctique, fait face à des défis nouveaux et complexes découlant du réchauffement planétaire rapide dans l’Arctique et des changements subséquents de l’habitat des glaces de mer;

Prenons en compte le cinquième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et exprimons nos inquiétudes quant à la très haute probabilité que la couverture de glace de mer continue à se détériorer et à s’affaiblir dans l’Arctique en raison de l’augmentation de la température moyenne à la surface de la planète, et reconnaissons que la disparition à long terme des glaces de mer dépend de la trajectoire des émissions futures;

Reconnaissons que la lutte contre les changements climatiques est importante pour la conservation à long terme des ours blancs;

Reconnaissons la nécessité de gérer l’habitat de l’ours blanc pour réduire la vulnérabilité des populations d’ours blancs, et pour prendre en compte les changements à long terme prévus dans les conditions des glaces de mer dans l’Arctique, ainsi que les répercussions de ces changements sur les ours blancs et leurs proies;

Reconnaissons que les interactions accrues entre les humains et les ours blancs sont préoccupantes et continueront probablement d’augmenter;

Soulignons que la conservation des ours blancs  nécessite une gestion adaptative en réponse aux changements climatiques, et que la stratégie consistera à gérer et à réduire les autres agents stressants pour les ours blancs et leurs écosystèmes, comme la destruction de l’habitat, la chasse excessive, la pollution et d’autres perturbations anthropiques;

Reconnaissons la nécessité de gérer de façon proactive le développement responsable des activités économiques dans l’Arctique, y compris le transport et les infrastructures,  afin de réduire au minimum les répercussions négatives de ces activités sur les ours blancs;

Exprimons nos inquiétudes quant au transport à grande distance des polluants dans l’environnement arctique, qui a des incidences sur les ours blancs, et que ces impacts sur certaines populations d’ours peuvent être importants;

Reconnaissons la nécessité d’avoir des mesures de surveillance et de recherche complètes et coordonnées des incidences des teneurs en contaminants sur les ours blancs et des effets synergiques des contaminants ainsi que des changements climatiques, et; soulignons la nécessité du respect des obligations régionales et mondiales existantes et de leur mise en œuvre globale et efficace en ce qui a trait aux défis présentés par les polluants;

Notons que la coopération internationale continue est essentielle à la protection des ours blancs et que conformément à l’Accord de 1973, chaque État de l’aire de répartition élabore et met en œuvre ses propres plans d’action nationaux pour l’ours blanc;

Notons que les États de l’aire de répartition élaborent un Plan d’action circumpolaire exhaustif pour l’ours blanc, qui est fondé sur des mesures établies dans les plans nationaux et devant être intégrées;

Affirmons que la stratégie des États de l’aire de répartition pour l’ours blanc visant à élaborer et à mettre en œuvre un Système de gestion de l’information sur l’ours blanc et l’être humain (PBHIMS – Polar Bear-human Information Management System) est le mécanisme approprié de coopération internationale entre les États de l’aire de répartition pour la documentation des conflits entre les ours et les humains, et que le PBHIMS fournira une base d’informations pour la conception des programmes destinés à réduire les cas de mortalité de l’ours causée par l’être humain;

Notons que même si la coopération et la coordination continues des mesures de l’État de l’aire de répartition sont essentielles à la gestion et à la conservation efficaces de l’ours blanc, cette efficience dépend aussi de la participation des peuples autochtones de l’Arctique et est améliorée grâce à la contribution d’autres intervenants, y compris la communauté internationale, le secteur privé, les organisations non gouvernementales et d’autres associations;

Reconnaissons que l’ours blanc est une ressource importante qui joue un rôle essentiel dans le mieux-être social et culturel des collectivités locales de l’Arctique et de plus, reconnaissons les besoins de subsistance des peuples autochtones de l’Arctique, de façon à ce que la conservation soit la mieux réalisée de concert avec l’engagement des collectivités qui dépendent traditionnellement de l’ours blanc et de leur participation au processus décisionnel de gestion;

Notons que les ententes multipartites et bilatérales et d’autres accords de coopération entre les entités gouvernementales locales, régionales, nationales et internationales responsables de la conservation et de la gestion de l’ours blanc fournissent un cadre favorable à la collaboration avec les peuples autochtones de l’Arctique et d’autres parties intéressées en vue d’assurer la conservation et la survie à long terme des ours blancs;

Accueillions le travail et le leadership du Conseil de l’Arctique dans la promotion du développement durable et de la protection de l’environnement, y compris l’Évaluation de la biodiversité dans l’Arctique et les activités de surveillance;

Reconnaissons l’importance et la valeur des connaissances écologiques traditionnelles dans l’orientation des décisions de gestion et reconnaissons la nécessité pour les États de l’aire de répartition de créer une compréhension commune de ce que constituent les connaissances écologiques traditionnelles et de la façon dont elles devraient être utilisées dans les décisions de gestion des ours blancs;

Reconnaissons qu’il est essentiel de disposer d’informations à jour sur l’état et les tendances de chaque sous-population d’ours blancs pour favoriser la gestion et la conservation efficaces de l’espèce;

Saluons les contributions historiques du Groupe de spécialistes de l’ours blanc de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), et nous réjouissons de leur rôle continu de conseillers scientifiques des parties à l’Accord sur la conservation des ours blancs de 1973;

Reconnaissons également la nécessité pour le Groupe de spécialistes de l’ours blanc de l’UICN et pour chaque État de l’aire de répartition, d’évaluer régulièrement les nouvelles informations scientifiques et de mettre à jour le rapport de situation sur la conservation de chaque population afin d’orienter la gestion et les décisions réglementaires touchant les ours blancs.

Nous comprenons l’importance des questions auxquelles nous sommes confrontés et leurs répercussions potentielles sur les générations futures, et nous, représentants des États de l’aire de répartition des ours blancs, déclarons notre engagement pris à l’égard de la collaboration continue et active pour mettre en œuvre l’Accord international sur la conservation des ours blancs de 1973 afin :

D’utiliser le Plan d’action circumpolaire pour l’ours blanc, qui servira de mécanisme approprié de coopération internationale pour la gestion et la réduction des agents stressants des ours blancs et de leurs écosystèmes, dans l’intérêt de l’Accord de 1973;

De chercher, lors de la prochaine réunion des États de l’aire de répartition en 2015, à achever et à adopter le Plan d’action circumpolaire pour l’ours blanc, conjointement avec un plan de mise en œuvre qui évalue les répercussions sur les ressources humaines et financières;

De continuer à travailler en collaboration pour traiter les conflits entre les humains et les ours blancs grâce au Groupe de travail sur les conflits entre les humains et les ours blancs et le Groupe de spécialistes de l’ours blanc en utilisant le PBHIMS afin de fournir des informations de base pour la conception de programmes destinés à réduire les cas de conflit entre les humains et les ours blancs;

D’identifier les habitats d’importance actuels et futurs des ours blancs et de continuer à créer des systèmes de gestion des habitats, y compris des aires protégées, le cas échéant, en prenant en considération les changements prévus du climat, la répartition des glaces de mer et les changements dans les habitudes des humains;

De promouvoir la conservation d’habitats suffisants pour l’ours blanc grâce à l’application de la gestion écosystémique afin de réduire les répercussions négatives sur les ours blancs et leurs habitats.

D’assurer la mise en place de règlements et de normes en matière d’environnement pour protéger les ours blancs potentiellement touchés par le développement industriel, et de faire en sorte que les habitats essentiels de l’ours blanc soient identifiés pour établir une base de planification du paysage terrestre et marin avant le développement;

De susciter la participation des peuples des collectivités arctiques aux processus décisionnels sur la gestion et de promouvoir la collecte et le maintien de connaissances traditionnelles écologiques en reconnaissant le rôle important que l’ours joue dans le patrimoine culturel et la subsistance des peuples autochtones dans l’Arctique, ainsi que le rôle que ces collectivités jouent dans la conservation et la survie à long terme de l’ours blanc;

D’inviter le Groupe de spécialistes de l’ours blanc de l’UICN à créer une compréhension plus complète et actuelle de l’état et des tendances des populations de l’ours blanc dans l’ensemble de leur aire de répartition en se fondant sur les meilleures données scientifiques disponibles et en considérant les activités de surveillance des populations et les changements prévus dans les conditions des glaces de mer;

D’inviter le Groupe de spécialistes de l’ours blanc de l’UICN à déterminer la meilleure façon d’utiliser les connaissances écologiques traditionnelles conjointement avec des approches et des analyses scientifiques de l’état des populations de l’ours blanc, afin d’améliorer l’efficacité des décisions et considérer leur recommandation au cours de la réunion régulière de 2015 des États de l’aire de répartition;

De veiller à ce que les meilleures informations disponibles, y compris l’état biologique de l’ours blanc, les modifications des écosystèmes et les changements dans les activités humaines actuelles et futures, comme le développement économique, soient mises en commun par les États de l’aire de répartition et prises en compte dans les décisions;

D’améliorer la coordination des mesures prises par les États de l’aire de répartition grâce à la pleine mise en œuvre des programmes de surveillance de l’ours blanc dans l’ensemble de son aire de répartition et de collaborer pour établir les tendances de la population pour les populations communes;

D’explorer les mécanismes visant à contrer la menace du braconnage et du commerce illégal des ours blancs et des parties d’ours blancs, y compris la collaboration accrue des organismes responsables de l’application de la loi à l’échelle nationale, régionale et mondiale;

De renforcer la coopération internationale pour améliorer la clarté des données sur le commerce légal par le biais de l’adoption de pratiques plus efficaces en matière d’établissement de rapports et de surveillance et de contrer le commerce illégal grâce à l’adoption de procédures permettant de mieux repérer les spécimens capturés dans le cadre d’une chasse légale et de vérifier l’authenticité des documents commerciaux;

De continuer, au besoin, à chercher des ressources financières supplémentaires pour la mise en œuvre de plans d’action nationaux pour la conservation et la gestion de l’ours blanc, notamment par le biais de partenariats avec les entreprises, le secteur privé, les institutions financières internationales, les fondations, les organisations non gouvernementales et d’autres sources;

De reconnaître l’importance de rencontres régulières des parties pour discuter des progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’Accord de 1973. De considérer la tenue de réunions ministérielles futures pour évaluer les progrès et tirer parti des réalisations antérieures.

Nous réaffirmons notre engagement à l’égard de la collaboration en vue de la réalisation de la conservation et de la gestion efficaces des populations d’ours blancs dans l’ensemble de leur aire de répartition, et nous demandons à la communauté internationale de se joindre à nous dans nos efforts de conservation de cette espèce commune et importante à l’échelle mondiale.

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