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Archives de 2011 - Politiques et atténuation

Arora, V. K., and A. Montenegro. 2011. Small temperature benefits provided by realistic afforestation efforts. Nature Geoscience. Published online June 19, 2011; doi:10.1038/ngeo1182.

Une étude portant sur l'intérêt du boisement pour réduire le réchauffement climatique démontre que planter des arbres constitue une stratégie viable d'atténuation des changements climatiques. Toutefois, les bienfaits des potentiels projets de boisement sur la température sont limités en comparaison des effets des émissions continues de gaz à effet de serre liées aux activités humaines et, par conséquent, ils ne peuvent remplacer la nécessité d'une baisse substantielle des émissions pour limiter l'ampleur du réchauffement planétaire.

Le boisement suppose la conversion de terres non boisées en forêt. L'objectif du boisement est d'accroître l'absorption du CO2 atmosphérique par les arbres ou toute autre espèce végétale au moyen de la photosynthèse, et de contribuer ainsi à réduire les taux de CO2 dans l'atmosphère ainsi que le réchauffement anthropique. Une étude réalisée par un scientifique d'Environnement Canada et un collègue d'une université canadienne donne une indication du niveau potentiel de cette contribution. Il s'agit d'évaluer non seulement la quantité de CO2 que le boisement peut supprimer de l'atmosphère, mais également dans quelle mesure cet avantage peut être annulé par les répercussions qu'aura le changement de la surface terrestre sur différents aspects du système climatique. Par exemple, les forêts réfléchissent moins la lumière que les terres cultivées, surtout lorsqu'elles sont enneigées, c'est pourquoi le boisement, en augmentant l'absorption de la lumière du soleil, peut contribuer au réchauffement climatique. Les auteurs ont utilisé un modèle du système planétaire détaillé pour mettre à l'essai divers scénarios de boisement dans le cadre d'un scénario standard d'augmentation des émissions de gaz à effet de serre (scénario A2 du Rapport spécial sur les scénarios d'émissions proposé par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Les zones de culture ont été converties en couverture forestière sur une période de 50 ans d'ici à 2060. Tous les scénarios envisagés ont abouti à des concentrations de CO2 atmosphérique moins élevées que dans un scénario sans boisement; toutefois, l'incidence de ce phénomène sur les températures de surface semble être plutôt limité, dans la mesure où un demi-degré de réchauffement au maximum serait évité d'ici à la fin du siècle si toutes les terres cultivées du monde pouvaient être boisées (un scénario certes irréaliste mais auquel peuvent être comparés des scénarios plus plausibles). Grâce à des scénarios qui étudiaient les effets du boisement sous différentes latitudes, les auteurs ont découvert que le boisement tropical était environ trois fois plus efficace que le boisement des régions tempérées et boréales du nord. Ce résultat est dû au fait que, dans les régions tropicales, les processus biogéochimiques (liés à l'absorption du CO2) et les processus biogéophysiques (liés au changement de la surface terrestre) contribuent tous deux à réduire le réchauffement, tandis que dans les régions plus au nord, les processus biogéophysiques viennent annuler une partie du bénéfice de l'absorption du CO2. Ces résultats indiquent que le boisement pourrait être efficace dans le cadre d'une vaste stratégie d'atténuation des changements climatiques dont chacune des mesures contribuerait à réduire le réchauffement planétaire mais, étant donné les faibles bénéfices mis en lumière par les simulations, ils avertissent également du fait que planter des arbres ne réduira pas la nécessité de réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre.


Peters, G.P, J.C. Minx, C.L. Weber, and O. Edenhofer. 2011. Growth in emission transfers via international trade from 1990-2008 PNAS, Vol 109, pp 8903-8908, DOI: 10.1073/pnas.1006388108.

 Une nouvelle comptabilisation des transferts de CO2 au niveau international indique que les pays développés ont collectivement augmenté leurs importations de produits et de services auprès des pays en développement, ce qui signifie que les émissions de CO2 associées à leur production sont maintenant produites ailleurs. Alors, si l'on compte les émissions de CO2 associées à ces importations, les transferts globaux nets d'émissions liés au commerce international des pays en développement vers les pays développés dépassent les réductions territoriales d'émissions prévues par les engagements du Protocole de Kyoto dans les pays développés.

Dans le cadre du Protocole de Kyoto et de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, la politique de réduction ne s'applique qu'aux émissions de gaz à effet de serre, et à leur réduction, à l'intérieur du territoire national d'un pays ou à l'extérieur, dans les zones qui sont sous l’autorité de ce dernier. Cette approche territoriale ne prend pas en compte les transferts d'émissions entre pays (en particulier les pays développés et les pays en développement) et peut mener à une interprétation fautive des facteurs qui définissent les tendances et, par conséquent, les politiques de réduction. Peters et ses collègues ont élaboré un inventaire mondial des émissions de CO2 liées au commerce sur la période 1990-2008 (à partir de 113 régions et 57 secteurs économiques). Grâce à ces séries chronologiques annuelles de données, ils peuvent étudier le rôle du commerce international dans les tendances des émissions à l'échelle nationale, régionale et mondiale et dans quelle mesure le commerce international a pu stabiliser ces émissions dans les pays développés. Les auteurs ont trouvé qu'au niveau mondial, les émissions provenant de la production de produits exportés sont passées de 20 % à 26 % (de 4,3 à 7,8 Gt de CO2). Il en résulte d'importants déplacements entre les lieux de production des émissions et les lieux de consommation des produits. Les transferts nets d'émission annuels (découlant de l'exportation de produits et services) des pays en développement vers les pays développés sont passés de 0,4 Gt de CO2 en 1990 à 1,6 Gt de CO2 en 2008. La moyenne au cours de la période de 1990 à 2008 de ce transfert d'émissions dépasse de 18 % l'objectif moyen des réductions des émissions pour les pays développés (5 % par rapport aux émissions de 1990, soit environ 0,7 Gt de CO2 par an) prévues par le Protocole de Kyoto. Si l'on utilisait un inventaire basé sur la consommation (en prenant en compte les transferts liés au commerce international) au cours de la période allant de 1990 à 2008, 11 % de l'augmentation mondiale des émissions de CO2 pourrait être attribué à la consommation dans les pays développés. En revanche, si sur cette période, on ne prend en considération que les émissions territoriales (comme le fait la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques), les pays développés n'ont réduit leurs émissions que de 3 %. Les auteurs concluent que cet éloignement grandissant, entre les lieux où les émissions sont produites et ceux où les produits et les services sont consommés, pourrait avoir des conséquences inattendues sur les politiques en matière de changements climatiques et que la réduction des émissions pourrait finir par coûter plus cher aux pays en développement. 


Rogelj, J., W. Hare, C. Chen and M. Meinshausen. 2011. Discrepancies in historical emissions point to a wider 2020 gap between 2°C benchmarks and aggregated national mitigation pledges. Environmental Research Letters 6, 024002 (9pp).

Un rajustement des estimations des niveaux d'émission historiques, à partir desquels sont calculés les engagements de réduction des émissions en vertu de l'Accord de Copenhague, augmente la taille de ce que l'on appelle l'« écart des émissions » en 2020. Cet écart représente la différence entre les émissions prévues compte tenu des réductions promises et les niveaux d'émissions estimés compatibles avec une limitation du réchauffement climatique à 2 °C de plus qu'à l'ère préindustrielle.

Un certain nombre d'études ont été menées afin d'évaluer si les niveaux d'émission de gaz à effet de serre (GES) prévus en 2020, en tenant compte des engagements des parties prenantes à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) pour réduire les émissions, maintiennent la planète « sur la bonne voie » pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C au-dessus des températures de l'ère préindustrielle. Rogelj et ses collègues indiquent que quelques-unes au moins de ces évaluations (dont beaucoup ont fondé leurs estimations des émissions historiques sur la base de données du Rapport spécial sur les scénarios d'émissions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) ont peut-être été trop optimistes en raison d'une surestimation des émissions historiques. Étant donné que les engagements en matière de réduction des émissions sont généralement exprimés sous forme de pourcentage des émissions d'une année de référence (c.-à-d. X % des émissions de l'année Y), si les émissions de cette année de référence sont surestimées, il en sera de même des engagements de réduction des émissions. Les auteurs proposent trois voies composites en ce qui concerne les émissions mondiales historiques, en fonction des données fournies officiellement par les pays à la CCNUCC ainsi que de diverses combinaisons de données provenant d'autres sources d'archives fondées sur le modèle intégré de Potsdam pour l'évaluation probabiliste en temps réel des voies d'émission (PRIMAP). Les valeurs des émissions indiquées dans le Rapport spécial sur les scénarios d'émissions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat pour l'année 2000 ont été comparées aux trois voies d'émissions composites, et d'importantes différences ont été repérées. Pour les émissions anthropiques totales à l'échelle mondiale, à l'exclusion des émissions liées à l'exploitation des terres, cette différence est de l'ordre de 5 à 6 %, les valeurs indiquées dans le Rapport spécial sur les scénarios d'émissions étant supérieures à l'estimation composite basée sur les données officiellement déclarées. Les auteurs présentent trois méthodes différentes pour résoudre cette différence et évaluer l'incidence sur l'« écart des émissions » si l'on considère que le volume de référence de 44 Gt de CO2eq permet de rester « sur la bonne voie » par rapport à l'objectif de 2 °C. Alors que l'on estimait entre 3,4 et 9,2 Gt de CO2eq le niveau des émissions à réduire d'ici à 2020, le véritable écart pourrait en fait se chiffrer entre 5,4 et 12,5 Gt de CO2eq (soit une augmentation de 22 à 88 % de la taille de l'écart), les variations reflétant différentes hypothèses quant au respect des engagements.


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