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Archives de 2011 - Tendances et variations climatiques

Brown, R. and D.A. Robinson. 2011. Northern hemisphere spring snow cover variability and change over 1922-2010. The Cryosphere, Vol 5, D16111, doi:10.1029/2010JD013975.

Une mise à jour du relevé de l'étendue du manteau neigeux de printemps dans l'hémisphère Nord met en évidence des diminutions importantes de ce manteau de printemps au cours de la période comprise entre 1922 et 2010. Le réchauffement à long terme des températures printanières dans les régions de latitude moyenne est la principale cause de la tendance observée.

Les scientifiques d'Environnement Canada et de l'Université de Rutgers ont dressé un relevé de l'étendue du manteau neigeux de printemps (mars, avril) dans l'hémisphère Nord pour la période comprise entre 1922 et 2010. Ce nouveau document est basé sur plusieurs ensembles de données (données sur la couverture neigeuse d'après des observations visibles et des observations par satellite d'hyperfréquence, observations de la profondeur neigeuse en surface et reconstitution de la couverture neigeuse), selon la technique utilisée l'année dernière par Brown et ses collègues pour élaborer un document similaire mais de moindre importance pour l'Arctique. Ce document est une mise à jour du relevé de l'étendue du manteau neigeux utilisé dans le quatrième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC); il apporte de meilleures estimations des incertitudes. Les estimations des incertitudes sont plus larges pour l'Eurasie que pour l'Amérique du Nord et, dans les deux cas, leur amplitude est maximale avant 1967 (c.-à-d. avant l'ère des satellites), puis elles se resserrent à mesure que les ensembles de données deviennent plus nombreux et plus précis. Dans l'ensemble, l'étendue du manteau neigeux de printemps dans l'hémisphère Nord s'est considérablement réduite au cours des ~90 dernières années, et le taux de réduction s'est accru ces 40 dernières années. Les taux de réduction de l'étendue du manteau neigeux dans l'hémisphère Nord, calculés entre 1922 et 2010, sont estimés à -3,24 x 106 km2 tous les 100 ans pour le mois de mars et -4,72 x 106 km2 tous les 100 ans pour le mois d'avril. Ces tendances se justifient principalement par l'augmentation des températures de l'air au printemps dans les régions de latitude moyenne. En Eurasie, la diminution est évidente tant en mars qu'en avril, tandis qu'en Amérique du Nord, on note une réduction importante de l'étendue de la couverture neigeuse au mois d'avril seulement. La diminution importante de l'étendue de la couverture neigeuse en mars en Eurasie semble également être liée aux changements de la configuration de la circulation à l'échelle régionale. 


Csank, A.Z., A.K. Tripati, W.P. Patterson, R.A. Eagle, N. Rybczynski, A.P. Ballantyne, J.M. Eiler, Jand M. John. 2011. Estimates of Arctic land surface temperatures during the early Pliocene from two novel proxies. Earth and Planetary Science Letters, Vol 304, pp. 291-299, doi.org/10.1016/j.epsl.2011.02.030.

Le début du Pliocène (il y a 3,5 à 4 millions d'années) est la dernière période prolongée au cours de laquelle la température sur Terre était plus élevée qu'aujourd'hui. Cette période est donc considérée comme un bon analogue aux changements climatiques du 21e siècle. De nouvelles données sur les paléotempératures indiquent qu'au cours de cette période, les concentrations de dioxyde de carbone dans l'atmosphère atteignaient entre 365 et 415 ppm, entraînant, en Arctique, des températures de 11 à 16 °C supérieures à celles d'aujourd'hui.

Le climat du Pliocène (il y a environ 2,6 à 5 millions d'années) est souvent considéré comme un exemple de conditions climatiques qui pourraient être associées à des concentrations atmosphériques de CO2 élevées sur une période prolongée. Au cours de cette période, la configuration des continents était la même qu'aujourd'hui et on estime que les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone atteignaient entre 365 et 415 ppm environ (niveau actuel, environ 390 ppm). Les études basées sur un modèle semblent indiquer que les températures terrestres pendant le Pliocène étaient de 2 à 3 °C plus élevées que celles de l'ère préindustrielle, mais que les températures de l'Arctique étaient de 11 à 17 °C plus élevées qu'aujourd'hui. Afin de mieux établir les limites de l'amplification des températures de l'Arctique au début du Pliocène, Csank et ses collègues ont élaboré des relevés de températures indirects pour l'Arctique. Les relevés des températures terrestres pendant la saison de croissance au début du Pliocène sont déduits des données sur les isotopes de l'oxygène provenant de tourbe ou de coquilles de mollusques recueillies sur l'île Ellesmere dans l'Arctique canadien. Les résultats (obtenus à l'aide de deux techniques différentes) indiquent que les températures fluctuaient généralement entre 11 et 16 °C au-dessus des températures actuelles (en accord avec le modèle et d'autres estimations paléoclimatologiques) et que l’océan Arctique était probablement libre de glace de façon saisonnière. 


Gagen, M., E. Zorita, D. McCarroll, G.H.F. Young, H. Grudd, R. Jalkanen, N.J. Loader, I. Robertson and A. Kirchhefer. 2011. Cloud response to summer temperatures in Fennoscandia over the last thousand years. Geophysical Research Letters, Vol 38, L05701, doi: 10.1029/2010GL046216.

 La reconstitution des changements liés à la couverture nuageuse pendant les périodes chaudes et froides du dernier millénaire appuie une rétroaction négative liée aux nuages (c.-à-d. effet négatif) sur les changements climatiques sur des échelles de temps multidécennales dans la région boréale du Nord. Sur de longues échelles de temps, la couverture nuageuse accrue (réduite) diminue (augmente) le nombre d'heures d'ensoleillement reçu par la surface de la Terre, ce qui contribue à un effet de refroidissement (réchauffement). Ce résultat est en accord avec les projections modélisées sur le climat concernant les hautes latitudes qui découlent du réchauffement continu observé au cours du 21e siècle.

La variabilité spatiale, tout comme celle de la forme et de l'ampleur des nuages à des températures mondiales en hausse, demeure une des plus grandes sources d'incertitude liées aux projections futures sur le climat. Les tentatives menées pour mieux limiter la réaction des nuages sont entravées par la durée limitée des données d'observation en ce qui a trait à la durée d'ensoleillement et à la couverture nuageuse. Gagen et al. ont créé un relevé climatique indirect de la moyenne du rayonnement solaire estival près du sol (inversement lié à la couverture nuageuse) pour la Fennoscandie au cours du dernier millénaire afin d'évaluer la réaction des nuages aux anomalies de température antérieures à la période où les enregistrements ont été effectués à l'aide d'instruments. Les données du rayonnement solaire estival près du sol provenaient de données d'isotopes du carbone stables extraits d'une chronologie d'anneaux de pins sylvestres (866-2001 apr. J.-C.) échantillonnée dans la zone de la forêt boréale du Nord en Laponie finlandaise. Dans cette région, la concentration de CO2 dans les aiguilles des conifères est liée en majeure partie au taux d'assimilation photosynthétique du carbone, lequel est principalement contrôlé par la lumière saisonnière croissante. Les séries d'isotopes du carbone stables montrent qu'il y a un lien étroit avec les données locales de durée d'ensoleillement disponibles et enregistrées au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. La comparaison établie entre la reconstitution de l'insolation estivale moyenne et une reconstitution indépendante des températures estivales à partir des anneaux des arbres créée auparavant pour la même région révèle que dans cette région, les siècles les plus chauds de la période médiévale étaient marqués par un temps nuageux et les siècles les plus froids du Petit Âge glaciaire étaient caractérisés par un temps ensoleillé. Les auteurs notent que cette réponse indique une rétroaction de longueurs d'onde courtes négative liée aux nuages à des échelles de temps multidécennales à cette latitude. Ces résultats sont conformes aux études semblant indiquer que le réchauffement futur résultera d'une rétroaction négative liée aux nuages (c.-à-d. des températures plus élevées devraient accroître l'évaporation et donc la couverture nuageuse donnant lieu finalement à un rayonnement entrant à ondes courtes à la surface qui est inférieur à celui observé à l'heure actuelle) en haute latitude. Les auteurs concluent que cette technique de reconstitution de la dernière durée d'ensoleillement pourrait être mise à l'essai dans d'autres régions (p. ex. les tropiques où une rétroaction positive liée aux nuages est prévue à l'avenir).


Gardner, A.S., G. Moholdt, B. Wouters, G.J. Wolken, D.O. Burgess, M. J. Sharp, J. G. Cogley, C. Braun and C. Labine. 2011. Sharply increased mass loss from glaciers and ice caps in the Canadian Arctic Archipelago. Nature. Published online April 20, 2011. doi:10.1038/nature10089.

 Le taux de fonte des glaciers et des calottes glaciaires des îles canadiennes de l’Arctique a augmenté rapidement au cours des récentes années. Ce phénomène est dû en grande partie à l’augmentation de la température de l’air en été.

La région des îles canadiennes de l’Arctique a récemment connu certains des étés les plus chauds jamais enregistrés, et quatre des cinq années les plus chaudes depuis 1960 ont été enregistrées depuis 2004. Une équipe de chercheurs incluant un certain nombre de Canadiens a étudié l’évolution de la quantité (masse) de glace contenue dans les glaciers et les calottes glaciaires des îles canadiennes de l’Arctique au cours de la période de 2004 à 2009. Ils ont utilisé trois méthodes indépendantes pour estimer les variations du bilan massique des glaciers de la portion nord de l’archipel arctique : modélisation du bilan massique de surface + écoulement de glace; données d’altimétrie laser obtenues lors de passages multiples du satellite ICESat et données gravimétriques transmises lors de passages multiples du satellite GRACE. Les deux dernières méthodes ont également été utilisées dans la portion sud de l’archipel. Les trois méthodes laissent constater une baisse constante et importante de la masse de glace, dont on a estimé la perte totale, en moyenne, pour l’ensemble de l’archipel arctique à 368 ±41 Gt pour les années 2004 à 2009, soit 61 ± 7 Gt/an. Entre les périodes 2004-2006 et 2007-2009, le taux de réduction de la masse de glace a augmenté brutalement, passant de 31 ± 8 Gt/an à 92 ±12 Gt/an. On estime par ailleurs que les trois quarts de cette réduction calculée sur la période d’observation de six ans sont en fait survenus au cours des trois dernières années. La perte de glace est due en majeure partie (92 %) à la fonte, celle due aux icebergs qui se détachent des glaciers (vêlage) étant beaucoup moins importante. Les observations donnent à conclure que ces changements sont principalement attribuables à la hausse des températures estivales. Même si la période d’observation reste courte, une comparaison des données recueillies dans l’archipel arctique avec celles provenant d’autres régions renfermant des calottes glaciaires et des glaciers importants, mais de petite taille (en excluant le Groenland et l’Antarctique), porte les auteurs à conclure que la région des îles canadiennes de l’Arctique est celle qui a le plus participé à l’élévation du niveau de la mer au cours de la période de 2007 à 2009. 


Li, J, S-P. Xie, E.R. Cook, G. Huang, R. D’Arrigo, F. Liu, J. Ma and X-T. Zheng. 2011. Interdecadal modulation of El Niño amplitude during the past Millennium. Nature Climate Change, Vol 1, p. 114-118, doi: 10.1038/nclimate1086.

 Une documentation à long terme de la variabilité de l'oscillation méridionale El Niño (ENSO, pour El Niño Southern Oscillation - El Niño-oscillation australe) définit des cycles d’intensité ENSO de 50 à 90 ans qui semblent liés aux changements à long terme des températures de la surface de la mer dans le centre et l'est de la zone tropicale du Pacifique. Étant donné que des événements ENSO de plus grande intensité sont observés pendant les périodes plus chaudes, cela laisse entendre que l'augmentation des températures de la surface de la mer dans cette région à l'avenir peut entrainer des événements ENSO plus intenses.

 Le phénomène El Niño-oscillation australe (ENSO), une alternance entre des conditions anormalement chaudes (El Niño) et froides (La Niña) dans l’est de la zone tropicale du Pacifique à des intervalles de deux à huit ans, est la source la plus importante de variabilité climatique sur Terre d’une année à l’autre. Les variations d’intensité des événements ENSO ont une incidence importante sur l’occurrence et la prévisibilité des phénomènes climatiques extrêmes dans le monde. La capacité à détecter et à prévoir les changements d’intensité des événements ENSO est limitée, étant donné que la période couverte par l'enregistrement instrumental est trop courte pour caractériser la variabilité naturelle de cette intensité. J. Li et ses collègues décrivent la préparation de la plus longue reconstitution continue annuelle d’activité ENSO passée effectuée à ce jour. L’enregistrement est basé sur un ensemble de reconstitutions de périodes de sécheresse effectuées d'après une collection importante de séries dendrochronologiques d’Amérique du Nord. Le lien entre l’enregistrement instrumental des événements ENSO et les données sur les paléosécheresses est utilisé pour élaborer une reconstitution des événements ENSO sur 1 100 ans. Au cours du dernier millénaire, l’intensité des événements ENSO a montré des cycles presque réguliers de durée variable (50 à 90 ans). L’analyse a également démontré que pendant les périodes antérieures chaudes (froides) dans l'est de la zone tropicale du Pacifique, les événements ENSO (El Niño et La Niña) étaient généralement plus (moins) intenses. Les auteurs avancent l’hypothèse que si les températures de la surface de la mer dans l'est et le centre du Pacifique continuent d’augmenter en raison du réchauffement anthropique de la planète, elles pourraient entrainer des événements ENSO plus intenses avec des effets extrêmes encore plus importants. Les auteurs concluent que cette nouvelle reconstitution fournit des contraintes observationnelles pour l’amélioration des prévisions fondées sur des modèles du comportement de l'oscillation méridionale El Niño à l'avenir.


Pederson, G.T. S. T. Gray, C.A. Woodhouse, J. L. Betancourt, D. B. Fagre, J. S. Littell, E. Watson, B. H. Luckman, and L. J. Graumlich. 2011. The unusual nature of recent snowpack declines in the North American Cordillera. Science Express. Published online 9 June 2011. doi: 10.1126/science.1201570.

 Les récentes diminutions de l'enneigement, dans une région de l'Ouest montagneux qui s'étend du sud de la Colombie-Britannique au nord des États-Unis, se révèlent pratiquement sans précédent depuis plus de 1 000 ans. La configuration spatiale du changement relevé à une plus grande échelle longitudinale indique également que, à la suite d'un réchauffement régional, un changement fondamental s'est probablement produit, les températures remplaçant les précipitations comme principale cause de la diminution de l'enneigement.

Les fleuves Columbia, Colorado et Missouri constituent la principale source d'eau pour plus de 70 millions de personnes. Or, entre 60 et 80 % de l'eau de ces bassins provient de l'enneigement. Il importe de bien connaître l'étendue des variations de l'enneigement par le passé, notamment à l'échelle d'une décennie et de plusieurs décennies, ainsi que leur lien avec les variations de précipitations et de température, pour évaluer l'évolution potentielle des ressources en eau à la suite des futurs changements climatiques régionaux. Pederson et al. ont réalisé un ensemble de reconstitutions de l'enneigement, selon une datation dendrométrique et par année, pour 27 sous-bassins versants des cours supérieurs des fleuves Colorado, Columbia et Missouri. Les reconstitutions, dont la durée varie entre 500 et plus de 1 000 ans, ont été réalisées à partir d'un réseau de 66 dendrochronologies recueillies à des endroits situés le long de la cordillère (entre la Colombie-Britannique et le Nouveau-Mexique), où la croissance est conditionnée par la quantité d'eau résultant de l'enneigement au cours de l'hiver précédent. Les reconstitutions révèlent que l'ampleur de la récente diminution de la couverture neigeuse dans la partie nord de la région étudiée est quasiment sans précédent. Elles mettent également en évidence un changement fondamental dans la configuration de la diminution de l'enneigement dans la région. Au cours des derniers millénaires, on constatait (à quelques exceptions près seulement) un contraste nord-sud dans les anomalies relatives à l'enneigement de la région : lorsque le nord était humide (plus de neige), le sud était sec (moins de neige), et vice versa. Les auteurs rattachent cette réalité aux changements de la trajectoire des tempêtes d'hiver (et donc des précipitations connexes), qui sont à leur tour liés aux changements des températures de la surface de la mer dans le bassin du Pacifique. Depuis les années 1980, on constate une synchronisation de la diminution de l'enneigement dans l'ensemble de la région étudiée, ce qui indique une rupture de la tendance dominante. Cela révèle probablement que le facteur dominant en matière d'enneigement passe des précipitations à la température en raison du réchauffement récent, ce qui pourrait avoir des répercussions fondamentales sur les futurs apports en eau dans l'Ouest montagneux. 


Rignot, E., I. Velicogna, M.R. van den Broeke, A. Monaghan and J. Lenaerts. 2011. Acceleration of the contribution of the Greenland and Antarctic ice sheets to sea level rise. GRL 38, L05503, doi:10.1029/2011GL046583.

 Une étude montre que les inlandsis du Groenland et de l’Antarctique ont subi une fonte accélérée au cours des deux dernières décennies et qu’ils pourraient bientôt devenir les principaux responsables de l’élévation mondiale du niveau de la mer.

Les projections de l’élévation future du niveau de la mer prennent en compte le rôle joué par l’expansion de l’eau de mer due au réchauffement et par la fonte des masses de glace continentales (glaciers, petites calottes glaciaires et vastes glaciers continentaux polaires). Au cours des dernières décennies, les calottes glaciaires et les glaciers de petite taille ont joué un rôle plus important dans l’élévation du niveau de la mer que les inlandsis, mais on prévoit que ces derniers joueront un rôle dominant au cours des années à venir. Rignot et al. jettent les bases d’une amélioration future des estimations de la fonte des glaciers continentaux en élaborant des méthodes perfectionnées d’estimation de l’apport des inlandsis du Groenland et de l’Antarctique dans l’élévation récemment observée du niveau de la mer. Deux méthodes indépendantes de détermination du bilan massique (bilan de masse et méthode gravimétrique) ont été évaluées au cours d’une période d’observation commune (2002-2009). Les résultats de ces deux méthodes laissent constater une excellente concordance pour les deux glaciers continentaux, et donnent à conclure à une accélération du taux de réduction de la masse de glace. Compte tenu de cette concordance, les données provenant de la période d’observation la plus longue (18 ans) obtenues à l’aide de la méthode du bilan massique servent à établir la tendance de l’accélération de la réduction de la masse de glace qui s’élève à 21,9 ± 1 Gt/an2 pour le Groenland, et à 14,5 ± 2 Gt/an2 pour l’Antarctique, soit une perte combinée de 36,3 ± 2 Gt/an2. Ces résultats signifient que, chaque année au cours de cette période d’observation de 18 ans, les deux glaciers continentaux ont perdu en moyenne environ 36,3 Gt de plus de glace qu’au cours de l’année précédente. L’apport total de ces deux inlandsis à l’élévation du niveau de la mer s’est établi à 1,3 ± 0,4 mm/an au cours de la période 1992-2009. D’autres recherches ont conclu à une accélération de la fonte des glaciers et des petites calottes glaciaires au cours des dernières décennies, mais les travaux de Rignot et al. montrent que l’accélération de la fonte des glaciers continentaux est environ trois fois plus importante que celle de ces masses de glace plus petites. Si cette tendance se maintient, les glaciers continentaux deviendront les principaux responsables de l’élévation du niveau de la mer au cours des prochaines décennies, c’est-à-dire bien plus tôt que ce que les projections des modèles actuels semblent indiquer. Les auteurs concluent en examinant certaines des raisons qui conduisent à penser que cette tendance se maintiendra et, en utilisant l’accélération observée de la perte de masse de glace de 36,3 ± 2 Gt/an2, ils prévoient que l’apport des glaciers continentaux à l’élévation totale du niveau de la mer s’établira à 15 ± 2 cm/an d’ici 2050, comparativement à l’apport établi pour 2009-2010, soit le double de l’apport dû à la fonte de chacun des glaciers et des petites calottes glaciaires et à l’expansion thermique de l’eau des océans. 


Spielhagen, R.F., K. Werner, S. Aagaard, K. Zamelczyk, E. Kandiano, G. Budeus, K. Husum, T.M. Marchitto, M. Hald. 2011. Enhanced modern heat transfer to the Arctic by warm Atlantic water. Science, Vol 331, p. 450-453, doi:10.1126/science.1197397. 

Les températures de l'eau de l'Atlantique se déversant dans l'océan Arctique, reconstituées à partir des données sur les sédiments marins, indiquent que les températures récentes sont sans précédent au cours des deux derniers millénaires.

 L'eau de l'Atlantique relativement chaude s'écoulant vers le nord dans l'océan Arctique par l'intermédiaire du détroit de Fram du courant de l'Atlantique Nord est la principale source d'advection thermique océanique vers l'Arctique. Elle est donc importante pour la distribution de la glace de mer de l'Arctique et les mécanismes de rétroaction climatique connexes. Les relevés historiques continus des températures de ces eaux ne s'étendent que sur les 150 dernières années environ. Spielhagen et al. présentent les données sur les sédiments marins sur une période d'environ 2 000 ans à partir d'une carotte de glace prélevée dans la marge continentale de l'ouest de Svalbard, en Norvège. Ce site se trouve dans le trajet d'écoulement de l'eau de l'Atlantique dans l'océan Arctique par l'intermédiaire du détroit de Fram. Les changements dans l'abondance des espèces (différentes espèces ont des exigences uniques en matière de température) et les rapports magnésium/calcium des foraminifères planctoniques dans les données sur les sédiments marins ont été utilisés pour établir deux reconstitutions indépendantes des températures au milieu de l'été, ce qui comprend une résolution multidécennale, pour la partie supérieure de cette couche d'eau de l'Atlantique. Les données sur les sédiments révèlent une hausse remarquable de l'abondance des espèces subpolaires depuis l'année 1900 environ, indiquant ainsi l'influence accrue de l'eau relativement chaude de l'Atlantique dans cette région. Les deux reconstitutions indépendantes des températures démontrent que les températures de l'eau de l'Atlantique provenant du détroit de Fram depuis 1850 environ étaient à peu près 2 oC supérieurs à la température moyenne des deux millénaires précédents. Pour les deux reconstitutions, les températures moyennes étaient de 3,4 oC à 3,6 oC avant 1850 environ et de 5,2 oC à 5,8 oC par la suite, données qui sont conformes à d'autres séries de données observées et paléoclimatiques. Le réchauffement rapide de cette eau de l'Atlantique au cours des 120 dernières années environ est sans précédent depuis les deux derniers millénaires, et fait partie des preuves de plus en plus nombreuses selon lesquelles les températures estivales de l'Arctique augmentent rapidement malgré une baisse de l'insolation estivale dans l'Arctique liée au forçage orbital. Les auteurs concluent que la hausse des températures de la couche d'eau de l'Atlantique qui se déverse dans l'océan Arctique peut constituer un élément clé dans la transition vers l'absence de glace que l'on prévoit dans l'avenir dans les eaux de l'océan Arctique. 


Tivy, A., S.E.L. Howell, B. Alt, S. McCourt, R. Chagnon, G. Crocker, T. Carrieres and J. J. Yackel. 2011. Trends and variability in summer sea ice cover in the Canadian Arctic based on the Canadian Ice Service Digital Archive 1960-2008 and 1968-2008. JGR Vol 116, C03007, 25 pp. Also, Howell, S.E.L., A. Tivy, T. Agnew, T. Markus and C. Derksen. 2010. Extreme low ice years in the Canadian Arctic Archipelago: 1998 versus 2007. JGR Vol 115, C10053, 16 pp.

Deux études, fondées sur de nouveaux ensembles de données à long terme sur la glace de mer dans les eaux de l’Arctique canadien, confirment la diminution à long terme de la couverture estivale de glace de mer en réponse au réchauffement régional et appuient les attentes voulant qu’à l’avenir, ces eaux seront de plus en plus ouvertes à la navigation. Les deux études confirment en outre que dans l’archipel Arctique canadien, notamment dans le passage du Nord‑Ouest (P.N.‑O.), l’importation de glace de plusieurs années de l’océan Arctique contribue largement aux conditions de glaces à l’été. Tant que cette importation se maintiendra, la glace de plusieurs années dans le P.N.‑O. sera à l’origine de conditions de glaces potentiellement dangereuses au cours de la période de transition jusqu’à ce que l’Arctique soit libre de glace en été.

La plus grande partie des travaux d’analyse des tendances et de la variabilité des glaces de l’Arctique qui ont été effectués à ce jour repose sur des données satellitaires remontant à la fin des années 1970. Une équipe de scientifiques canadiens, dont certains travaillent pour le Service canadien des glaces ou la Division de la recherche climatologique d’Environnement Canada, ont prolongé la période pour laquelle l’analyse des tendances à long terme est possible dans l’Arctique canadien, soit jusque dans les années 1960, en utilisant les registres de la couverture de glace de mer des archives numériques du Service canadien des glaces (SCG), validés pour les études climatiques. Le même ensemble de données a aussi été employé pour une étude distincte, réalisée par certains des mêmes auteurs qui se sont penchés spécifiquement sur les deux années records de faible quantité de glace de mer dans la région de l’archipel Arctique canadien (AAC). Tivy et al. signalent qu’entre 1968 et 2008, la couverture estivale de glace de mer (« toutes formes de glace », soit de plusieurs années et de première année) a diminué de 11,3 % ± 2,6 % par décennie dans la baie d’Hudson, de 8,9 % ± 3,1 % dans la baie de Baffin, de 5,2 % ± 2,4 % dans la mer de Beaufort et de 2,9 % ± 1,2 % dans l’AAC. En comparaison de celles publiées à partir de données satellitaires pour les périodes commençant en 1979, ces tendances sont quelque peu inférieures sur la majeure partie de la région de l’Arctique canadien. Cela reflète l’importante variabilité d’une année à l’autre de la couverture de glace de mer ainsi que l’impact de l’année de départ des analyses de tendances. Il importe davantage de noter la robuste tendance à la baisse, longue de quatre décennies, de la couverture estivale de glace révélée par cette nouvelle analyse. Les auteurs établissent qu’entre 10 % et 58 % de la variabilité d’une année à l’autre de toutes les formes de glace dans presque toutes les régions est expliquée par la température de l’air à la surface au cours du printemps précédent, un résultat qui vient confirmer l’attente de plus en plus marquée concernant le prolongement des saisons d’eaux libres dans l’Arctique dans la foulée du futur réchauffement à l’échelle régionale. Il est intéressant de noter que pour la majorité des eaux arctiques canadiennes, aucun changement important n’a été observé l’été dans la glace de plusieurs années, sinon pour très peu d’exceptions dans des sous‑régions bien précises. D’autres études ont documenté de fortes tendances au déclin de la glace de plusieurs années dans l’océan Arctique et donc ce résultat indiquerait l’importance de la dynamique de la glace de mer, notamment de l’importation de glace de mer de plusieurs années en provenance de l’océan Arctique, comme mécanisme agissant sur les changements de la couverture de glace de plusieurs années dans les eaux de l’Arctique canadien. L’importance de l’importation de glace de mer dans la région de l’archipel Arctique canadien se trouve confirmée par les travaux d’Howell et al., qui ont examiné les conditions ayant conduit aux deux minima extrêmes de couverture de glace, enregistrés en 1998 et en 2007 dans l’AAC. Même si, pour ces deux années, un fort réchauffement durant l’été, et en 1998 au commencement de l’automne, a largement contribué à ces minima, la dynamique de la glace de mer a contribué au minimum de 1998 par l’inhibition du renouvellement de glace importée de l’océan Arctique, alors qu’en 2007, les conditions facilitaient le réapprovisionnement, faisant en sorte que le minimum de cette année‑là n’a pas dépassé celui de 1998.


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